
Cinéma
On sort d'un film, les choses sont souvent simples : on a aimé, on n'a pas aimé. Avant de se cogiter sur le pourquoi de ce plaisir donné et reçu (dans le meilleur des deux cas), on a pour nous cette certitude, intime et farouche, que rien ne pourra jamais vraiment effacer. Et puis, il y a ces films que l'on quitte indécis, incapable de définir ou de comprendre ce qu'on ressent. Indépendamment de la qualité réelle de ce qu'on vient de découvrir, impossible de savoir spontanément, rien de rédhibitoire, pas de place non plus pour le décisif.
Deux histoires montées en parallèle, celle de George Reeves, interprète historique de Superman pour Kelloggs et la télé américaine, et celle de Louis Simo, détective qui enquête sur le suicide de Reeves. Se voulant un peu malin, le film joue sur deux séries de références (le Superman de feuilleton ou les turpitudes d'un acteur « pur » à Hollywood), le privé ultracodé, rejeton Chandlerien comment tant d'autres avant lui).
On comprend hélas très vite que malgré les ficelles d'un scénario trop évident, ces deux histoires ne vont pas se rencontrer. Deux raccords auraient pu peut-être les lier : le premier est un panoramique dont l'obscurcissement à mi-parcours s'affiche comme un aveu d'incompatibilité. Quant au second, l'éclair brutal et lumineux d'un coup de feu, il est invalidé par la mélancolie frelatée d'une musique lourdingue et d'un regard vide.
On cherche alors une autre correspondance, par exemple entre les deux hommes de cette histoire : George Reeves, propulsé héros populaire d'un petit écran qui le fera captif, et Louis Simo, {alias} le privé, dilettante, un peu frimeur, un peu filou, torve, profil bas et verbe haut, entraîné à la recherche obsédée de la "vérité", si possible en se faisant dérouiller (puisque c'est bien connu, tous les privés se font dérouiller, c'est même à ces occasions que les méchants de l'intrigue leur révèlent par le menu qu'ils sont vraiment méchants). Louis Simo est surtout un porte-manteau, rendu inévitable par un scénario soucieux avant tout de packaging, ou comment maquiller en polar l'histoire triste d'une vie empêchée. Simo (Adrien Brody à la peine) et les caricatures qui emplissent son univers enfilent les scènes à faire sans susciter une quelconque tension, au mieux un faible intérêt. Le récit, lâche, est encore plombé par une intrigue familiale bête (Simo est séparé de sa femme, son fiston supporte mal la mort de Superman...) qui proposerait elle aussi comme un autre pont entre les deux histoires (innocence perdue, poids des responsabilités, la vie qui s'échappe, le sort qu'on ne contrôle pas...) si son traitement n'était pas si plat et convenu.
Après la vision d'Hollywoodland, ce qui tombe et se dissout, ce sont toutes les couches dont on entoure une bonne idée à laquelle on ne croit pas assez, comme s'il fallait faire cinéma, faire fiction, en brodant une intrigue bancale qui prendrait en charge (en otage) le rythme du film, peuplant celui-ci avec des personnages balises, qui indiquent clairement les barrières à ne pas franchir, de crainte de faire trop original. Il faudrait aussi {faire propre}, donner du cachet à la reconstitution (Mémoires de nos Pères, Le Dahlia Noir, Hollywoodland, trois films dans lesquels il n'y a jamais de feuilles mortes sur la route, ni même de poussière dans l'air, c'en est suspect). Un plan, puis un plan, une intrigue A qui croise une intrigue B, une séquence après l'autre, un générique puis l'autre, le contrat sera rempli. Piètre commerce et sombres réflexions.
Mais il y a aussi le regard triste de Ben Affleck. Archétype de la star hollywoodienne pas douée, dont la filmographie suit les cimes d'une incapacité appliquée (exceptions : les films de Kevin Smith, Will Hunting, la Somme de toutes les peurs), Affleck trouve ici le rôle de sa vie. Le corps grossi, le visage épais capable d'exprimer d'un plan à l'autre l'enthousiasme du jeune comédien idéaliste et la lucidité résignée de celui qui se sait passé de l'autre côté, une façon de bouger à la fois maladroite et sensuelle, une élocution sans fard et pourtant profonde, il est celui qui n'a jamais choisi. Pathétique lorsqu'il endosse son costume éternel, il est bouleversant lorsque sa carrière se brise un soir de screen-test de Tant qu'il y aura des hommes (Reeves sera coupé au montage, trop identifié à son personnage télévisuel). La ballade sud-américaine qu'il interprète (fausses notes, voix tremblante, c'est magnifique) est déjà une chanson d'après la mort. C'est la fin de parcours, le has been n'a plus droit ni raison d'être, il doit disparaître. Le portrait qui en est fait par Allen Coulter (premier film de cinéma après une riche carrière télé qui inclue Rome) le hisse au niveau de héros tragique.
Il y a des hypothèses qu'on lance comme on sort d'une salle de cinéma. Hollywoodland est un magnifique documentaire sur un acteur inconnu, Ben Affleck. Hollywoodland est un moyen-métrage boursouflé qu'il faudrait dépouiller de ses peaux mortes pour en donner à voir la vraie beauté : sa mélancolie sincère et inaltérée.
Deux histoires montées en parallèle, celle de George Reeves, interprète historique de Superman pour Kelloggs et la télé américaine, et celle de Louis Simo, détective qui enquête sur le suicide de Reeves. Se voulant un peu malin, le film joue sur deux séries de références (le Superman de feuilleton ou les turpitudes d'un acteur « pur » à Hollywood), le privé ultracodé, rejeton Chandlerien comment tant d'autres avant lui).
On comprend hélas très vite que malgré les ficelles d'un scénario trop évident, ces deux histoires ne vont pas se rencontrer. Deux raccords auraient pu peut-être les lier : le premier est un panoramique dont l'obscurcissement à mi-parcours s'affiche comme un aveu d'incompatibilité. Quant au second, l'éclair brutal et lumineux d'un coup de feu, il est invalidé par la mélancolie frelatée d'une musique lourdingue et d'un regard vide.
On cherche alors une autre correspondance, par exemple entre les deux hommes de cette histoire : George Reeves, propulsé héros populaire d'un petit écran qui le fera captif, et Louis Simo, {alias} le privé, dilettante, un peu frimeur, un peu filou, torve, profil bas et verbe haut, entraîné à la recherche obsédée de la "vérité", si possible en se faisant dérouiller (puisque c'est bien connu, tous les privés se font dérouiller, c'est même à ces occasions que les méchants de l'intrigue leur révèlent par le menu qu'ils sont vraiment méchants). Louis Simo est surtout un porte-manteau, rendu inévitable par un scénario soucieux avant tout de packaging, ou comment maquiller en polar l'histoire triste d'une vie empêchée. Simo (Adrien Brody à la peine) et les caricatures qui emplissent son univers enfilent les scènes à faire sans susciter une quelconque tension, au mieux un faible intérêt. Le récit, lâche, est encore plombé par une intrigue familiale bête (Simo est séparé de sa femme, son fiston supporte mal la mort de Superman...) qui proposerait elle aussi comme un autre pont entre les deux histoires (innocence perdue, poids des responsabilités, la vie qui s'échappe, le sort qu'on ne contrôle pas...) si son traitement n'était pas si plat et convenu.
Après la vision d'Hollywoodland, ce qui tombe et se dissout, ce sont toutes les couches dont on entoure une bonne idée à laquelle on ne croit pas assez, comme s'il fallait faire cinéma, faire fiction, en brodant une intrigue bancale qui prendrait en charge (en otage) le rythme du film, peuplant celui-ci avec des personnages balises, qui indiquent clairement les barrières à ne pas franchir, de crainte de faire trop original. Il faudrait aussi {faire propre}, donner du cachet à la reconstitution (Mémoires de nos Pères, Le Dahlia Noir, Hollywoodland, trois films dans lesquels il n'y a jamais de feuilles mortes sur la route, ni même de poussière dans l'air, c'en est suspect). Un plan, puis un plan, une intrigue A qui croise une intrigue B, une séquence après l'autre, un générique puis l'autre, le contrat sera rempli. Piètre commerce et sombres réflexions.
Mais il y a aussi le regard triste de Ben Affleck. Archétype de la star hollywoodienne pas douée, dont la filmographie suit les cimes d'une incapacité appliquée (exceptions : les films de Kevin Smith, Will Hunting, la Somme de toutes les peurs), Affleck trouve ici le rôle de sa vie. Le corps grossi, le visage épais capable d'exprimer d'un plan à l'autre l'enthousiasme du jeune comédien idéaliste et la lucidité résignée de celui qui se sait passé de l'autre côté, une façon de bouger à la fois maladroite et sensuelle, une élocution sans fard et pourtant profonde, il est celui qui n'a jamais choisi. Pathétique lorsqu'il endosse son costume éternel, il est bouleversant lorsque sa carrière se brise un soir de screen-test de Tant qu'il y aura des hommes (Reeves sera coupé au montage, trop identifié à son personnage télévisuel). La ballade sud-américaine qu'il interprète (fausses notes, voix tremblante, c'est magnifique) est déjà une chanson d'après la mort. C'est la fin de parcours, le has been n'a plus droit ni raison d'être, il doit disparaître. Le portrait qui en est fait par Allen Coulter (premier film de cinéma après une riche carrière télé qui inclue Rome) le hisse au niveau de héros tragique.
Il y a des hypothèses qu'on lance comme on sort d'une salle de cinéma. Hollywoodland est un magnifique documentaire sur un acteur inconnu, Ben Affleck. Hollywoodland est un moyen-métrage boursouflé qu'il faudrait dépouiller de ses peaux mortes pour en donner à voir la vraie beauté : sa mélancolie sincère et inaltérée.