Comme son nom l'indique...

20.2.06

Comtesse Haschich (1934?)

Cinéma

Comtesse Haschich donne des envies de Plan Nine from Outer Space et Forgotten Silver.

Réalisateur inconnu, comédiens inconnus, date inconnue. A un certain niveau, le film dépasse tous les critères connus de nullité, puisque l'on est au-delà du mal filmé, du mal joué, si tant est que cela est été un jour vraiment écrit. Ce n'est pas juste mal fait, le film est d'une incohérence qui confine à l'indigence.

Et pourtant, ces images mal foutues dégoulinent d'un amour fou du cinéma, et l'on à rêver d'une oeuvre colossale dont ces seuls fragments nous seraient parvenus. Maître d'oeuvre de ce chef-d'oeuvre méconnu, l'un de ces fous de cinéma, débordant d'énergie, et tant pis pour les défaillances techniques, tant qu'on filme et qu'on fait jouer devant la caméra. Tant pis si tout cela n'a aucun sens, ni queue, ni tête, la magie de l'image projetée fera le reste. On fantasme sur cet Ed Wood régional, dont a.la guerre / b.la maladie / c.la passion amoureuse / d.la rencontre avec des extraterrestres (biffer les mentions inutiles) a interrompu la genèse d'une oeuvre qui à n'en pas douter aurait révolutionné son époque, et la nôtre.

19.2.06

War of Worlds, de Steven Spielberg (2005)

DVD

Revu la première heure et quart de La Guerre des Mondes vue par Spielberg, dans mon souvenir la meilleure part du film, car avant l'arrêt en un lieu, quand tout auparavant n'est que fuite désespérée. Sans même parler de l'imparable maîtrise technique du réalisateur, j'ai été frappé par sa maîtrise de l'information qu'il choisit de transmettre au spectateur, ou comment, d'une phrase a priori anodine de Dakota Fanning (ça ne s'infectera pas, mon corps la rejettera) annoncer l'air de rien la fin du film ; comment par le rythme et le dialogue conjugués il nous emmène là où il le souhaite, parvenant ainsi à nous détourner de ce qui pourrait nous expulser du courant narratif qu'il a choisi de creuser.

Admiration aussi par le crescendo (boléro semble dans ce cas encore mieux adapté) horrifique qu'il bâtit lors des vingt-cinq premières minutes du film, durant lesquelles le film ne semble pas progresser de marches en marches, mais bien suivre un chemin dont la pente serait régulière. Sans esbrouffe ni artifice narratifs, Spielberg passe du normal à l'anormal, dans une bascule sans chute. Soit la chute l'a lointainement précédée, soit c'est la condition humaine qui est ainsi. Sans tenter ici d'apporter des réponses, cette linéarité vers l'horreur et la panique est à tous titres unique.

Atlantis Interceptors, de Ruggiero Deodato (1983)

Cinéma

Problème du film : il n'est ni assez bon, ni assez mauvais. Mieux ficelé, il ferait une bonne petite perle du genre, nerveuse, atypique, bien foutue donc. Plus bâclé, sa disproportion et son bestiaire le rendraient irrésistibles. On oscille en permanence entre ces deux potentialités, mais dans l'indécision, le film perd son rythme, et le spectateur son intérêt, quel qu'il soit. Dommage, cela aurait pu être pire.

Ninja Terminator, de Godfrey Ho (1985)

Cinéma

A la revoyure, mais sur grand écran, c'est inégalement nul. C'est insupportablement mauvais dans toute sa partie de asiatique, salmigondis de combats trop longs et mal foutus, dont on ne relèvera même pas ici la débilité tellement cette préoccupation est loin du propos. En revanche, la partie américaine est suffisamment réjouissante pour regretter que tout le film (?) ne soit pas cette eau. Cela dit, le film est surtout culte pour être culte.

Le Nouveau Monde, de Terrence Mallick (2006)

Cinéma

1. Aller au cinéma voir un film de 2h16, supporter un bon moment les deux gard d'à côté papoter. Après la semonce, auquelle la réponse apportée est un formidable : c'est pas vrai, moi, je parle pas, je sors mon flingue, et je les bute.

2. Film d'une intelligence immense, d'une sagesse profonde, qui montre comme rarement pourquoi le génocide des indiens, qui montre l'identité, l'absorption, le déracinement, le déplacement, et plus que tout, l'homme après la chute. Ambivalente terrible, car la rencontre de l'autre fonde l'Eden, et l'Enfer.

3. Deux conceptions du territoire qui s'opposent : pour les Powhatan, il est accordé, comme un don, pour les Anglais, il est à prendre, à saisir, à placer sous contrôle, pour mieux récréer les conditions quittées. Quelle place pour ceux qui naviguent entre ces deux eaux : l'acclimatation, qui mène à la mort pour elle, ou l'errance perpétuelle pour lui. A ce jeu, Christian Bale n'est autre chose que la preuve de la faillite originelle, et indépassable.

4. Film magnifique, pureté folle, magnificence des images, des climats, des couleurs. Objet de ravissement et de contentement, léger comme une plume qui glisserait par les vents d'arbres en arbres sans s'y arrêter tout à fait. Le Nouveau Monde est un film du glissement, plus ou moins brutal, où le seul arrêt durable est toujours derrière soi.

5. Ravissement, mais ennui, car de frôlements frôlements de l'histoire, on en vient tout doucement à s'éloigner du film. Si Mallick raconte une histoire, son intrigue déçoit, car elle peine à fournir le stimulant nécessaire à ce type d'oeuvre. Vous avez dit mac guffin ?

6. Comme un peintre qui poserait ses couleurs par petites touches, Mallick compose une oeuvre de pure poésie, qui, passée la première heure, laisse apparaître ce qu'on ne souhaiterait pas appeler procédé : à chaque plan son geste. Certes tout ici est glissement spatial et temporel, mais y a-t-il réellement une vraie scène, qui pose ses enjeux, et les résoud. A force de glisser, rien ne permet de s'accrocher.


7. Volonté irrépressible de rapprocher Mallick de Kubrick, par leur sens de la composition prsque chimique qui fonde leur art. Ici, trois splendeurs, qui, génialement associées créent la plus belle heure de cinéma depuis longtemps : les terres vertes et herbeuses du Nouveau Monde, l'ouverture de l'Or du Rhin, de Wagner, et Q'ioranka Kilcher, solaire, rayonnante, si proche et insaisissable.

Procès de Jeanne d'Arc, de Robert Bresson (1962)

DVD

Ecrit intégralement d'après les minutes du véritable procès de Jeanne d'Arc, le film est une objection fulgurant, dont la longueur, à peine plus de 60 minutes, crée comme un sentiment d'urgence, comme une nécessité de raconter cette histoire, non dans un temps imparti, mais dans une durée que Bresson s'est lui-même, de crainte peut-être de perdre cette vibration vitale en cas d'étalement.

Tout de suite, on a conscience d'un engrenage insoluble, qui malgré la défense droite et juste de la Pucelle ne saurait finir autrement que par les flammes. Un certain manichéisme est d'ailleurs à l'oeuvre ici, dans les figures de religieux et des militaires anglais, qui, à trois exceptions près, constrastent au plus fort avec la posture sainte de l'héroïne. Cette-ci est filmée comme une incarnation de la Foi, roseau tendu, qui ne se brise que pour mieux se redresser, et au final rien n'abdiquer.

Nécessité historique, Jeanne doit mourir. Son procès, son supplice, et les moment qui lient cette chemin de croix et sa délivrance sont filmés selon un système très précis, dont la récurrence des cadre souligne encore l'épreuve permanente, et l'absence de refuge, sinon moral, de Jeanne. Le monde est hostile, la foule (jamais montrée) est meurtrière, les lieux symboliques suintent l'inhumanité et la mort, quand les jugements semblent minables de compromissions, de trahisons, de lâchetés. Dans ce monde physique pétri de pourrissures, Jeanne est un champ de pure piété. C'est sans doute ce qu'on lui reprochera le plus.

17.2.06

Belle de Jour, de Luis Bunuel (1967)

DVD

L'humble auteur de ces lignes est un admirateur fou d'un film pas assez connu Bunuel, intitulé d'après la dernière réplique du Electre de Giraudoux Cela s'appelle l'aurore, oeuvre magistrale, manifestation de l'humanisme le plus pur et le plus empathique. On renoue avec cet humanisme dans Belle de Jour, chef d'oeuvre officielle du cinéaste, mais dans un registre très différent. Toujours Bunuel s'intéresse aux êtres, à leur recherche du bonheur, ou, à défaut, d'autre chose que ce qu'ils vivent, voient, ressentent. Son approche, et la qualité de son regard, ironique, mais sincère, acéré mais juste, critique mais respectueux font de Bunuel l'un de ces maîtres qui parviennent à ne pas juger leurs personnages. La précision du portrait, sa réelle intimité, l'exemplarité des situations contribuent à faire des constructions cinématographiques des objets de référence, non d'un point de vue cinématographique, mais vraiment d'un point de vue personnel et intime.

La performance est d'autant plus remarquable qu'elle est réalisée dans une rare économie de moyens, pas par nécessité, mais par choix. Ce cinéaste, qui préfère les clairs aux obscurs, sait indéniablement comment combiner les quantités minimales de chacun des ingrédients qui font les grands films.


New York, New York, de Martin Scorsese (1977)

DVD

Sentiment bizarre à la redécouverte de ce film qui offre comme on offre une bague ses défauts, ses limites, et pourtant aussi ses vélléités et sa sincérité. Tout se passe comme si Scorsese, dont l'amour du cinéma n'est pas négociable, souhaitait refaire ces comédies musicales qu'il voyait jeune avec son père, mais sans l'innocence qui caractérise la plupart. Du reste, New York New York, par la dureté des affres affectives de ce couple qu'il accompagne s'approcherait moins de Tous en Scène ou Chantons sous la pluie que des Chaussons Rouges.

Comédie musicale, dont on attend longtemps la signature du genre, et ces amples scènes dansées, qui forment un monde de cinéma et de spectacle, rassemblées ici après plus de deux heures où le quotidien humain l'a en permanence emporté sur le spectaculaire et la légéreté de rigueur ailleurs. L'entêtement de Scorsese a raconté une histoire d'amour dure, en opposition permanente et frontale avec des décors référentiels, et une atmosphère d'artificialité, précisément de cinéma, qui échoue finalement dans ce club de Harlem où De Niro repousse avec une telle brutalité celle dont la carrière décolle enfin. Premier décor réaliste d'un ensemble, signe de l'amère victoire du réel sur la fiction de happy end.

L'idée même de happy end est ici doublement mis à mal, dans le Broadway show de Minnelli, qui rêve un happy end qui n'est pour elle, que par la fin même du film, un fin de compromis, de désenchantement, de temps passé, et révolu. Avec New York, New York, Scorsese réalise une comédie musicale qui figure sa propre impossibilité, sa propre absurdité dans un monde où il ne fait plus trop bon rêver.

10.2.06

La Légende de Ron Burgundy, d'Adam McKay (2005)

DVD

Le lecteur de ces chroniques, s'il en est, sait déjà combien j'apprécie ce groupe d'acteurs formé de Ben Stiller, des frères Owen et Luke Wilson, de Vince Vaughn, de Will Ferrell..., habile à s'entourer de guests du même acabit : Hank Azaria, Philip Seymour Hoffman, Tim Robbins... Donc jouissance absolue une heure après le début du film : Ron Burgundy, number one présentateur TV déambule avec son équipe dans une arrière-rue. Il est pris à parti par Vaughn et son équipe, Poulidor de l'audimat en matière de news local. Le ton monte, les insultes hautement raffinées volent, le combat va éclater, les armes sortent (chaînes, couteau, masse-d'armes, massue, grenade WW2).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°3, menée par Luke Wilson (qui perdra en bras en plastique dans l'affaire).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°4, menée par Tim Robbins (avec ce qui ressemble à un plat de nouilles sur la tête).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°5, menée par Ben Stiller (comme chacun sait présentateur de chaîne latino).
Avant même la mélée qui s'ensuivra, à grands coups de tout objet contondant qui tombe sous la main, dont une hache, un filet, un trident et des chevaux, votre serviteur est déjà debout sur son canapé en train de hurler son extase.

Au-delà d'un très intime fanatisme personnel, il faut reconnaître au film une réelle capacité à surprendre en permanence, jouant habilement sur plusieurs registres comiques (sexuel, grossier, amoureux, poétique, absurde...), habilement alternés par un Will Ferrell, d'une sobriété toute relative, mais d'une énergie sidérante. La mise en scène, fonctionnelle à souhait, sert cette débauche dont on sort épuisé, mais ravi. La suite ! Vite !



Heroic Trio, de Johnny To (1992)

DVD

Seul moyen de faire passer Heroic Trio, son rythme. Conditions de production oblige, le film est baclé, relativement incompréhensible, mal joué dans des décors extrêmement mal foutus, qui pètent à grands blocs de polystyrène, mais quand même pas de façon tonitruante, parce que manifestement le budget pyrotechnie a subi quelques coupes... Pourtant, l'ensemble ne manque pas de charme, entraîné par Michelle Yeoh stoïque, seule à avoir quelque chose à jouer, Maggie Cheung, piquante, mais allégrement massacrée par Johnnie To dans son introduction, et un Anthony Wong qu'on est toujours content de retrouver, même dans un des ces rôles passablement débiles qu'il endosse parfois.

Mis bout à bout en un assemblage normal, cet ensemble disparate formerait à peine un film, mais c'est justement le montage qui donne à ce joyeux bordel sa vie. Soyons clair, l'amoureux du raccord léché et de l'enchaînement aura du mal à trouver son bonheur, mais cette esthétique du mouvement frénétique dans le cadre qui remplace celui né de la juxtaposition de ceux-ci témoigne d'un coup de main, et d'une maîtrise technique, qu'on imagine se déployer autrement, avec plus de temps, et de libertés artistiques et économiques. Ce sera notamment Full Time Killer, Breaking News, et, perle des perles, The Mission.

Produit de série tourné en deux produits de série, condition d'oeuvres plus personnelles et plus abstraites, Heroic Trio fait exister et n'exister que par ce principe vieux comme le 7e Art : Run, run, run. And laugh too.

5.2.06

La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985)

DVD

A un moment, Tom Baxter, qui a quitté l'écran pour l'amour de Cecilia, l'embrasse, et, attendant le fondu qui dans les films prend la place de l'acte sexuel, est abasourdi de l'absence de celui-ci dans la "vraie vie". La fréquentation intensive de films, d'histoires de cinéma, de personnages de cinéma peut provoquer chez le spectateur prédisposé le développement de cette dangereuse propension à appliquer au réel les comportements de l'écran, à découper les moments de son existence en séquences, à attendre des autres des attitudes de cinéma.
De même, le cinéma, et plus sensiblement ses histoires, reposent dans leur immense majorité sur les notions de responsabilité, de culpabilité, de courage, autour d'un dessein grandiose et unanime (l'amour), omniprésent et omnipotent. Le romanesque est la maladie profonde de Cecilia, son drame, et sa perpétuelle déconvenue.

L'enjeu ici est double : le premier est celui de l'histoire, ou plutôt le succès de la narration, maintes fois remis en jeu, pour une durée qui variera de 1 à 12 bobines. Le second est un travail permanent, une sape inconsciente et informe, celle de la Nature qui en vient à souhaiter imiter l'Art, ie. le bovarysme.

Le Voyage fantastique, de Richard Fleischer (1966)

Cinéma

L'idée est géniale : une troupe d'humains est miniaturisée pour pouvoir évoluer à l'intérieur d'un corps humain. Dans le contexte de la Guerre Froide et de la peur nucléaire, une telle trame possède une richesse prodigieuse. Quelques termes scientifiques énoncés avec un aplomb impertubable, quelques plans d'écrans oscillo d'époque, quelques commandements militairement procéduriers, et une exposition sans rire : le décor est planté.

L'idée est géniale, son traitement l'est beaucoup moins : intrigue mal menée, dialogues plats quand ils ne sont pas improbablement sérieux, personnages auquel le scénario rend très mal justice, faisant d'eux des enveloppes si fines que les interprètes ne peuvent s'y glisser. Ces mêmes interprètes rivalisent d'inexpressivité, peu servis par une réalisation des plus quelconques. Tout cela a très mal vieilli, et prête aujourd'hui largement à sourire. Plus objectivement, le film se pose comme l'exact équivalement de la SF écrite par Asimov : les univers, les situations, les intuitions sont géniales, le style est médiocre quand il n'est pas inexistant.

Pourtant, il reste quelque chose de fort dans cette plongée dans le corps humain, dans l'infiniment petit et surhumain, dans ces grandes caves mauves et ondulantes, dangereuses, insolubles, et fascinantes. J'aurais adoré découvrir ce film il y a 15 ans.

Retour à la fac, de Todd Phillips (2003)

DVD

Comédie du type lourdingue (ça n'est pas forcèment un défaut), Retour à la fac vaut surtout par le collectif d'acteurs qui s'y ébat en toute liberté : Will Ferrell, Luke Wilson, Vince Vaughn développent un humour régressif dans un buddy-movie des plus sympathiques, des plus indigents cinématographiquement, mais régulièrement hilarant. Certes, le voir sans potes, ni pizzas, ni bières, ôterait certainement au pied que l'on peut prendre devant cet objet où le plaisir manifestement pris par l'équipe atteind le canapé collégial du salon commun.

C'est assez médiocre, mais il n'est pas interdit de prendre en compte le film avec d'autres : Dodgeball, Starsky et Hutch, Wedding Crashers, Mon Beau-Père et moi, ... jusqu'à Disjoncté et Bottle Rocket) comme le signe de la prise de pouvoir d'une nouvelle génération de comiques, des plus rafraichissantes, dans les oeuvres les plus convaincantes seraient La Famille Tenenbaum et Zoolander. Will Ferrell, Ben Stiller, Owen et Luke Wilson, Vince Vaughn, Christine Taylor, Hank Azaria, pas si lointain d'ailleurs de Bill Murray, Jack Black, et du prince Jim Carrey, sont certaienement parmi ce qu'Hollywood a pu produire de plus réjouissant depuis de nombreuses années.

3.2.06

Monika, d'Ingmar Bergman (1952)

DVD

"Il faut avoir vu "Monika" rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriett Andersson, avant de recoucher avec un type qu'elle avait plaqué, regarde fixement la caméra, ses yeux rieurs embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter involontairement pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma."
JL Godard

Pas mieux.


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Suite à la remarque de Zneb à propos du dernier plan de La Dentellière, et des regards-caméra en général, je suis d'accord sur le fait qu'on peut comparer les parcours de Pomme et de Monika, mais jusqu'à un certain point seulement. On peut se demander si dans le film de Goretta François aime jamais Pomme, tandis que Harry et Monika s'aiment sincèrement tout l'été. De même, les caractères des deux héroïnes diffèrent largement, leurs sensualités aussi. Surtout, le regard de Pomme à la fin de la Dentellière est un regard dont toute vie à disparu, tandis que celui de Monika épuise toutes les définitions du mot miroir, d'elle comme de nous. To be continued...


Munich, de Steven Spielberg (2006)

Cinéma

Traditionnellement, on essaie de ne pas trop prêter l'oreille au foin fait auour d'un film à sa sortie, histoire de conserver une fraicheur de vue, loin de polémiques partisanes et dirigées. Entorse espérons-le exceptionnelle, à propos de Munich, film considéré selon une foultitude de mouvais critères, et d'abord pour ce qu'il n'est pas. Il l'est indiqué dans la générique, Munich est inspiré de faits réels, et écrit à partir d'un livre, lui-même relecture subjective d'un événement et d'une époque. Evidemment, choisir d'écrire ou de tourner n'est pas non plus innocent, et on le revendique forcèment, mais il faut garder à l'esprit que c'est une histoire que l'on nous raconte, pas l'Histoire.
Contre-argument (débile) : les spectateurs ne le savent pas, ou plutôt, un film bien ficelé peut faire passer en douce n'importe quelle idée, par exemple une relecture de l'histoire. Raisonnement stupide, qui revient à affirmer que les spectateurs absorbent ce qu'ils voient, sans esprit critique, sans recul, sans intelligence aucune. Accessoirement, affirmer cela équivaut à s'extraire de la masse ignarde et ectopasmique. Nauséabond.

Egalement problèmatique, l'interprétation géopolitique franco-française, et si possible anti-américaniste. Le film serait l'expression du point de vue américain sur la question du Proche-Orient. Cette proposition est récurrente dans le cas de Spielberg, à qui on n'a jamais peut-être accordé le droit moral de faire autre chose que de l'entertainment (petite annonce : je cherche quelqu'un qui m'explique ce que ce mot veut dire). Munich renvoie au contraire dos à dos les protagonistes du conflit qu'il filme, mettant en lumière ses impasses et son mécanisme. Les Twin Towers qui closent le film sont bien plus la manifestation d'un appel à balayer aussi, et d'abord, devant sa porte, fût-elle l'Atlantique.

Toujours aussi énervant, cette propension médiatique à considérer d'abord le coup de main technique de Spielberg, et les formules qu'il utiliserait pour construire ses intrigues. Ainsi, certains ont vu Munich comme le Mission Impossible du Mossad, avec son leader charismatique, mais tourmenté, et sa troupe d'acolytes mono-usage. Munich est avant tout affaire d'hommes plongé dans une tourmente, et c'est justement ce que Spielberg capte le mieux, l'humanité derrière la terreur.

Malgré ce que ses défenseurs et ses critiques en disent, il faut voir Munich, pour se faire, comme on disait il y a encore peu, une opinion.


Note personnelle à usage collectif : ceci n'est pas une critique où j'ai consciencieusement évité de parler du film. L'Agument Mike Vargas est, j'ose y croire, le prétexte de chroniques libres.

L'un reste et l'autre part, de Claude Berri (2005)

Télé

Ces histoires d'amours bourgeoises qui se font et se défont, sur fond de lâcheté diversement généralisée, pourraient laisser indifférentes. Le coffret est joli, les plans lêchés, la caméra plutôt bien maniée, à partir d'un scénario assez caricatural et un peu théorique qui rythme plus des étapes qu'il ne les traite.

Sur une trame qu'on ressent très vite comme sur des rails sans aiguillage, ce sont les comédiens qui donnent sa vraie qualité à l'ensemble, par leur justesse, et leur capacité à s'accorder aux tons de cette histoire de vie(s) dans laquelle flottent en permanence l'imminence de l'effondrement et la fragilité des situations. Arditi, Lvovsky, Baye, Miou-Miou, Laure Duthilleul... sont très biens, mais ceux qui m'impressionnent le plus sont certainement Aïssa Maïga (beauté, grâce, naturel, assurance et souplesse), et, comme souvent, Daniel Auteuil, qui a depuis quelques années (L'adversaire ?) passé comme un cap supplémentaire. Sur tous les registres, il est bouleversant.

Brokeback Mountain, d'Ang Lee (2006)

Cinéma

Méfait de la communication faite autour de la sortie d'un film, la nécessité de le pitcher, dans ce cas western gay, et de diffuser ce message simple par tous les canaux possibles et imaginables. Difficile dès lors dans la salle de sortir d'une logique de vérification et d'attente précise, quitte à chercher l'interprétation simultanée. Aussi, les premières quarante minutes du film sont malgré lui parasitées par cette estimation permanente des gestes, regards, mouvements, intonations, d'autant que l'on sait (merci la bande-annonce) que cela passera pas un baiser.

Une fois le couple formé, le film sort enfin de ces rails, pour dévoiler là où réside vraiment son enjeu, et le drame de ces deux hommes : pas tant une histoire homosexuelle, que celle d'un amour empêché. Le montage alterné de ces deux vies de compromis est cruel mais objectif, où l'on s'en sort (mal) comme on peut ou comme on doit, mais qui semble réserver si peu d'autres bonheurs, sinon quelques week-end en amoureux, parenthèses enchantées qui pourtant ajoute encore au drame intime.

L'alchimie de l'ensemble fonctionne sur la coïncidence entre ce cadre, les espaces du Midwest, et l'interprétation de personnages complexes, confiée justement à Jake Gyllenhaal et Heath Ledger, dont les jeux, très techniques et très différents, confèrent à ce beau film le supplément d'âme supplémentaire qui fait d'un drame d'amour un mélodrame.

2.2.06

La Charge des Tuniques Bleues, d'Anthony Mann (1955)

Cinéma

C'est loin d'être le meilleur western de Mann, mais il n'est pas pour autant dénué de qualités. Le réalisateur passe d'un registre à un autre avec une aisance constante, maître de son art et de ses techniques. Surtout, il possède ce talent de savoir faire exister un plan jusqu'à sa mort naturelle et consentie, car chacun possède sa juste longueur, parfaite dans la construction globale, et idéale dans ses potentialités, comme dans cette longue prise qui accompagne Mature du sol vers un arbre, puis qui dévoile les Indiens cachés, à l'affût des Tuniques Bleues sur le point du massacre.

Qualité de forme, au service d'une intelligence de l'histoire, et d'un regard personnel. Intelligence de l'histoire : pendant une heure, pas un cadre qui ne soit contraint, bouché, limité, clôturé, obstrué par une palissade, une colline, un mur, une montagne, ou comment traduire visuellement le piège, l'enfermement, l'impasse physique et mentale. Regard personnel, et d'abord sur Ned Cooper, cet éclaireur qui ne rêve que d'être accepté par la société tout en conservant une vraie sauvagerie. Le personnage, porté par son interprète, contrecarre toute réduction, et, à l'image de ce faux film de genre, s'échappe en permanence.

Garden State, de Zach Braff (2005)

DVD

Vu à sa sortie, revu l'autre soir, et qui, à la revoyure justement tient sans mal la distance. Deux qualités premières : une capacité à passer, dans un ensemble très mélancolique et suspendu, d'un ton à l'autre, avec un sens de l'incongru rarement mis en défaut ; une sincérité, exhalée par tous les plans, du projet, et de ses interprètes. Sans être autobiographique, le film est très sensiblement une oeuvre personnelle, où, sous les couches plus ou moins vernies, distances qu'on croirait rassurantes, c'est une mise à nu d'une extrême pudeur, et d'une totale modestie. Conscient de ses moyens, Braff s'appuie pour son premier film sur un scénario cousu main, et sur des comédiens épatants, mention évidemment à Natalie Portman...

L'ouvrage supporterait l'analyse, mais ça n'a pas de cela qu'il s'agit, au contraire : Garden State existe parce qu'il émeut, et parce qu'il s'adresse aux sentiments et aux impressions de ses spectateurs. La plongée en apesanteur est douce, parfois douloureuse dans ses goulets, mais jamais retorse ou hypocrite. Tout cela n'est peut-être pas grand chose, mais c'est beau, et rare.