Cinéma1. Aller au cinéma voir un film de 2h16, supporter un bon moment les deux gard d'à côté papoter. Après la semonce, auquelle la réponse apportée est un formidable : c'est pas vrai, moi, je parle pas, je sors mon flingue, et je les bute.
2. Film d'une intelligence immense, d'une sagesse profonde, qui montre comme rarement pourquoi le génocide des indiens, qui montre l'identité, l'absorption, le déracinement, le déplacement, et plus que tout, l'homme après la chute. Ambivalente terrible, car la rencontre de l'autre fonde l'Eden, et l'Enfer.
3. Deux conceptions du territoire qui s'opposent : pour les Powhatan, il est accordé, comme un don, pour les Anglais, il est à prendre, à saisir, à placer sous contrôle, pour mieux récréer les conditions quittées. Quelle place pour ceux qui naviguent entre ces deux eaux : l'acclimatation, qui mène à la mort pour elle, ou l'errance perpétuelle pour lui. A ce jeu, Christian Bale n'est autre chose que la preuve de la faillite originelle, et indépassable.
4. Film magnifique, pureté folle, magnificence des images, des climats, des couleurs. Objet de ravissement et de contentement, léger comme une plume qui glisserait par les vents d'arbres en arbres sans s'y arrêter tout à fait. Le Nouveau Monde est un film du glissement, plus ou moins brutal, où le seul arrêt durable est toujours derrière soi.
5. Ravissement, mais ennui, car de frôlements frôlements de l'histoire, on en vient tout doucement à s'éloigner du film. Si Mallick raconte une histoire, son intrigue déçoit, car elle peine à fournir le stimulant nécessaire à ce type d'oeuvre. Vous avez dit mac guffin ?
6. Comme un peintre qui poserait ses couleurs par petites touches, Mallick compose une oeuvre de pure poésie, qui, passée la première heure, laisse apparaître ce qu'on ne souhaiterait pas appeler procédé : à chaque plan son geste. Certes tout ici est glissement spatial et temporel, mais y a-t-il réellement une vraie scène, qui pose ses enjeux, et les résoud. A force de glisser, rien ne permet de s'accrocher.
7. Volonté irrépressible de rapprocher Mallick de Kubrick, par leur sens de la composition prsque chimique qui fonde leur art. Ici, trois splendeurs, qui, génialement associées créent la plus belle heure de cinéma depuis longtemps : les terres vertes et herbeuses du Nouveau Monde, l'ouverture de l'Or du Rhin, de Wagner, et Q'ioranka Kilcher, solaire, rayonnante, si proche et insaisissable.
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