L'Argument Mike Vargas

Comme son nom l'indique...

18.1.08

Bruce Springsteen

"Girls In Their Summer Clothes"





Well the street lights shine
Down on Blessing Avenue
Lovers they walk by
Holdin' hands two by two

A breeze crosses the porch
Bicycle spokes spin 'round
Jacket's on, I'm out the door
Tonight I'm gonna burn this town down

And the girls in their summer clothes
In the cool of the evening light
The girls in their summer clothes
Pass me by

Kid's rubber ball smacks
Off the gutter 'neath the lamp light
Big bank clock chimes
Off go the sleepy front porch lights

Downtown the store's alive
As the evening's underway
Things been a little tight
But I know they're gonna turn my way

And the girls in their summer clothes
In the cool of the evening light
The girls in their summer clothes
Pass me by

Frankie's Diner's
Over on the edge of town
Neon sign spinnin' round
Like a cross over the lost and found

Fluorescent lights
Flicker above Bob's Grill
Shaniqua brings a coffee and asks "fill?"
And says "penny for your thoughts now my poor Bill"

She went away
She cut me like a knife
Had a beautiful thing
Maybe you just saved my life

In just a glance
Down here on Magic Street
Love's a fool's dance
I ain't got much sense but I still got my feet

And the girls in their summer clothes
In the cool of the evening light
The girls in their summer clothes
Pass me by

And the girls in their summer clothes
In the cool of the evening light
The girls in their summer clothes
Pass me by

La la la la, la la la la la la la
La la la la, la la la la la la la
La la la la, la la la la la la la
La la la la, la la la la la la la
[fades]

14.1.08

Lu

"Après plus de cinquante ans passés en Angleterre, elle pensait encore en français."

Lady L., Romain Gary

13.1.08

Sympathy for the Devil

Please allow me to introduce myself
Im a man of wealth and taste
Ive been around for a long, long year
Stole many a mans soul and faith
And I was round when jesus christ
Had his moment of doubt and pain
Made damn sure that pilate
Washed his hands and sealed his fate
Pleased to meet you
Hope you guess my name
But whats puzzling you
Is the nature of my game
I stuck around st. petersburg
When I saw it was a time for a change
Killed the czar and his ministers
Anastasia screamed in vain
I rode a tank
Held a generals rank
When the blitzkrieg raged
And the bodies stank
Pleased to meet you
Hope you guess my name, oh yeah
Ah, whats puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah
I watched with glee
While your kings and queens
Fought for ten decades
For the gods they made
I shouted out,
Who killed the kennedys?
When after all
It was you and me
Let me please introduce myself
Im a man of wealth and taste
And I laid traps for troubadours
Who get killed before they reached bombay
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
But whats puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah, get down, baby
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
But whats confusing you
Is just the nature of my game
Just as every cop is a criminal
And all the sinners saints
As heads is tails
Just call me lucifer
cause Im in need of some restraint
So if you meet me
Have some courtesy
Have some sympathy, and some taste
Use all your well-learned politesse
Or Ill lay your soul to waste, um yeah
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, um yeah
But whats puzzling you
Is the nature of my game, um mean it, get down
Woo, who
Oh yeah, get on down
Oh yeah
Oh yeah!
Tell me baby, whats my name
Tell me honey, can ya guess my name
Tell me baby, whats my name
I tell you one time, youre to blame
Ooo, who
Ooo, who
Ooo, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Oh, yeah
Whats me name
Tell me, baby, whats my name
Tell me, sweetie, whats my name
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Ooo, who, who
Oh, yeah




"The Stones, Nothing like em, Can't explain it like a force of nature."
Cosmictalk

13 janvier 2007 - 00h51

On change tout.

12.1.08

8.1.08

Année 2007



1. De L’autre côté, de Fatih Akin (ALL)
2. L'homme sans age, de Francis Ford Coppola (US)
3. Inland Empire, de David Lynch (US)

4. Still Life, de Jia Zhang-Ke (CH)
5. Election 2, de Johnnie To (CH)

6. Les Promesses de l'ombre, de David Cronenberg (US)
7. Blades of glory, de Josh Gordon (US)
8. Un secret, de Claude Miller (FR)
9. 7h58 ce matin-là, de Sydney Lumet (US)
10. Control, d'Anton Corbjin (RU)

Mention spéciale : Black Snake Moan, de Craig Brewer (US)

Entre le ciel et l'enfer

Cinéma

On serait tenté de découper clairement Entre le Ciel et l’enfer en deux blocs distincts, qui n’auraient pas grand chose à voir l’une avec l’autre. Le contraste est grand entre le premier segment, intégralement situé dans la maison de Gondo, et plus précisément dans son living-room, et la seconde partie, plus ambulante, plus nerveuse, comme impatiente de passer d’un lieu à l’autre, et de tisser une toile imparable et chaque fois plus tendue autour d’un vide progressivement discerné.

Ce premier moment, un huis clos qui fait peu à peu monter la tension en exposant un à un les enjeux moraux passe vite, par la rigueur de la construction, pour une démonstration de virtuosité, à une leçon d’écran large en intérieur, exposant une scène stylisée, surchargée de personnages dont le défi premier serait de ne jamais sortir du champ, et de parfaitement s’agencer en permanence dans chacun des vingt-quatre clichés qui composent une seconde de cinéma. Le monde du dehors est constamment filtré par des rideaux et par une porte-fenêtre, lucarnes sporadiquement entrouvertes qui ne laissent accès qu’aux murmures indistincts et menaçants de la ville. La distance induite par les plans séquences posés élimine le gros plan du dispositif, mais accentue le sentiment de captivité de Gondo, lion en cage brutalement réduit à arpenter fébrilement son territoire, filmé comme un blockhaus moderne moins exposé qu’encerclé. Le son est soumis au même traitement, puisque c’est par le téléphone que le monde extérieur s’insinue dans la pièce. On craint le théâtre, c’est pourtant du cinéma.

Oppressant, le dispositif explose soudainement lorsque les décisions sont prises. Alors que Kurosawa vient de montrer plus ou moins ostensiblement que, sur un sujet revendiqué comme personnel, il ne rechigne pas à l’exercice de style, c’est désormais vers la mobilité et la traque que le film se dirige en se consacrant à la description méthodique de l’enquête menée par des policiers un rien trop angéliques. L’alternance devient la règle, entre les déambulations dans les rues de la ville et les scènes de commissariat, où le cadre bondé de personnages démocratiquement égaux semble accorder comme une préférence au collectif sur l’individu. La veine documentaire qui irrigue le film appelle directement la filiation américaine du scénario (Ed McBain), et relie Entre le Ciel et l’Enfer à la longue tradition de ce cinéma noir ultraréaliste, si commun et pourtant immanquablement dépaysant. Juste retour du film noir en terre japonaise, où même incompréhension contemporaine, quand même filmer au plus près ne permet plus de comprendre la réalité ?

Ce qui se joue dans ce film, c’est une autre tentative du cinéaste pour aborder le problème du Mal, dont chaque orientation cinématographique est un essai de compréhension, presque de résistance, qu’il sait pourtant voué à l’échec répété. Tous les recours, toutes les ressources de l’esprit et du cinéma sont employées, mais aucune ne parvient à saisir ne serait-ce que le véritable périmètre de ce à quoi il s’attaque. Symbole de ce combat perdu d’avance, c’est la folie pure qui clôt Entre le Ciel et l’Enfer, inexplicable, indépassable, qui consume celui qui la porte comme celui qui en est devenu la cible. Après une démonstration de rationalisme cinématographique et de méthode policière, comme autant de moyens pour faire rentrer le réel et sa représentation dans le cercle logique de la raison (et, à défaut de l’expliquer, en faire le tableau sensible) le constat est terrible : ces tentatives seront toujours insuffisantes face à l’abjecte absurdité du monde. Au mieux peut-on, comme Rieux dans La Peste, arracher quelques sursis. Dans ses derniers instants, le film contemple le vide absolu, le point de négation et d’incompréhension au delà duquel on ne peut pas aller. Le rideau en fer tombe, implacable : on a pu voir, on ne pourra jamais toucher.

26.1.07

Hollywoodland, d'Allen Coulter (2007)


Cinéma

On sort d'un film, les choses sont souvent simples : on a aimé, on n'a pas aimé. Avant de se cogiter sur le pourquoi de ce plaisir donné et reçu (dans le meilleur des deux cas), on a pour nous cette certitude, intime et farouche, que rien ne pourra jamais vraiment effacer. Et puis, il y a ces films que l'on quitte indécis, incapable de définir ou de comprendre ce qu'on ressent. Indépendamment de la qualité réelle de ce qu'on vient de découvrir, impossible de savoir spontanément, rien de rédhibitoire, pas de place non plus pour le décisif.

Deux histoires montées en parallèle, celle de George Reeves, interprète historique de Superman pour Kelloggs et la télé américaine, et celle de Louis Simo, détective qui enquête sur le suicide de Reeves. Se voulant un peu malin, le film joue sur deux séries de références (le Superman de feuilleton ou les turpitudes d'un acteur « pur » à Hollywood), le privé ultracodé, rejeton Chandlerien comment tant d'autres avant lui).

On comprend hélas très vite que malgré les ficelles d'un scénario trop évident, ces deux histoires ne vont pas se rencontrer. Deux raccords auraient pu peut-être les lier : le premier est un panoramique dont l'obscurcissement à mi-parcours s'affiche comme un aveu d'incompatibilité. Quant au second, l'éclair brutal et lumineux d'un coup de feu, il est invalidé par la mélancolie frelatée d'une musique lourdingue et d'un regard vide.

On cherche alors une autre correspondance, par exemple entre les deux hommes de cette histoire : George Reeves, propulsé héros populaire d'un petit écran qui le fera captif, et Louis Simo, {alias} le privé, dilettante, un peu frimeur, un peu filou, torve, profil bas et verbe haut, entraîné à la recherche obsédée de la "vérité", si possible en se faisant dérouiller (puisque c'est bien connu, tous les privés se font dérouiller, c'est même à ces occasions que les méchants de l'intrigue leur révèlent par le menu qu'ils sont vraiment méchants). Louis Simo est surtout un porte-manteau, rendu inévitable par un scénario soucieux avant tout de packaging, ou comment maquiller en polar l'histoire triste d'une vie empêchée. Simo (Adrien Brody à la peine) et les caricatures qui emplissent son univers enfilent les scènes à faire sans susciter une quelconque tension, au mieux un faible intérêt. Le récit, lâche, est encore plombé par une intrigue familiale bête (Simo est séparé de sa femme, son fiston supporte mal la mort de Superman...) qui proposerait elle aussi comme un autre pont entre les deux histoires (innocence perdue, poids des responsabilités, la vie qui s'échappe, le sort qu'on ne contrôle pas...) si son traitement n'était pas si plat et convenu.

Après la vision d'Hollywoodland, ce qui tombe et se dissout, ce sont toutes les couches dont on entoure une bonne idée à laquelle on ne croit pas assez, comme s'il fallait faire cinéma, faire fiction, en brodant une intrigue bancale qui prendrait en charge (en otage) le rythme du film, peuplant celui-ci avec des personnages balises, qui indiquent clairement les barrières à ne pas franchir, de crainte de faire trop original. Il faudrait aussi {faire propre}, donner du cachet à la reconstitution (Mémoires de nos Pères, Le Dahlia Noir, Hollywoodland, trois films dans lesquels il n'y a jamais de feuilles mortes sur la route, ni même de poussière dans l'air, c'en est suspect). Un plan, puis un plan, une intrigue A qui croise une intrigue B, une séquence après l'autre, un générique puis l'autre, le contrat sera rempli. Piètre commerce et sombres réflexions.

Mais il y a aussi le regard triste de Ben Affleck. Archétype de la star hollywoodienne pas douée, dont la filmographie suit les cimes d'une incapacité appliquée (exceptions : les films de Kevin Smith, Will Hunting, la Somme de toutes les peurs), Affleck trouve ici le rôle de sa vie. Le corps grossi, le visage épais capable d'exprimer d'un plan à l'autre l'enthousiasme du jeune comédien idéaliste et la lucidité résignée de celui qui se sait passé de l'autre côté, une façon de bouger à la fois maladroite et sensuelle, une élocution sans fard et pourtant profonde, il est celui qui n'a jamais choisi. Pathétique lorsqu'il endosse son costume éternel, il est bouleversant lorsque sa carrière se brise un soir de screen-test de Tant qu'il y aura des hommes (Reeves sera coupé au montage, trop identifié à son personnage télévisuel). La ballade sud-américaine qu'il interprète (fausses notes, voix tremblante, c'est magnifique) est déjà une chanson d'après la mort. C'est la fin de parcours, le has been n'a plus droit ni raison d'être, il doit disparaître. Le portrait qui en est fait par Allen Coulter (premier film de cinéma après une riche carrière télé qui inclue Rome) le hisse au niveau de héros tragique.

Il y a des hypothèses qu'on lance comme on sort d'une salle de cinéma. Hollywoodland est un magnifique documentaire sur un acteur inconnu, Ben Affleck. Hollywoodland est un moyen-métrage boursouflé qu'il faudrait dépouiller de ses peaux mortes pour en donner à voir la vraie beauté : sa mélancolie sincère et inaltérée.

6.5.06

Renaissance, de Christian Volckman (2006)

Cinéma

Quel intérêt d'inventer de nouvelles formes pour raconter toujours les mêmes histoires ? Donner l'illusion que sous les nouvelles couches de nouvelle peinture se cache quelque chose que l'on n'a jamais vraiment regardé autrement ? La certitude mal placée que le risque repose dans la mise en images, et pas dans ce que l'on raconte ?

Spiderman 2 , de Sam Raimi (2004)

DVD

Dans un moment de retour, revoir la suite du déjà difficile Spiderman, et vérifier qu'elle est et pire et meilleure que la premièvre mouture. Meilleure, parce que bizarrement poétique par ses prouesses techniques, pire parce qu'encore plus complaisante et corrompue. La vraie déception vient de ce que le film porte en lui (le conflit, l'anormalité, le rapport au corps, l'intégrisme personnel) qui trop fugitivement se réalise à l'écran, noyé dans les scènes les moins intègres qui soient.

Tristement, la meilleure scène du film est celle du héros castré, forcé comme tout un chacun prendre l'ascenseur. L'auto-dérision revendiquée à quelque chose d'un aveu, comme un rappel à l'évidence que comme son héros, le film bande mou.

Collateral, de Michael Mann (2004)

DVD

Revu deux après Collateral. Moins bon que dans le souvenir qui m'en restait, sans doute à cause du pretexte, trop artificiel, et du parfum absent des fauteuils d'un ciné sur Nebraska Av.

Il en reste des flashes, des amorces musicales, de sautes de ton, en un devenir-clip avoué, pas pour le format ou l'efficacité commerciale, mais pour cette recherche de l'instant d'avant et de l'instant d'après. Les scènes dites "d'action" sont avalées en apnée, disqualifiant l'intellect au profit brutal du réflexe et de la rigueur professionnelle. A la limite, ce sont les transitions entre l'instant d'après et l'instant d'avant qui seraient insuffisantes, rendant trop sensible cette montée des marches dramatiques, donc trop mécanique.

Et pourtant, on flotte beaucoup, car si la musique fait passer le film du présent à l'imparfait, c'est plutôt autour d'un plus-que-parfait intermittent que s'établit Collateral. Sensations de vide, de plénitude, de répit, de fuite, composent comme un kaléidoscope dont certains miroirs seraient manquants.

Le personnage de Jamie Foxx n'a finalement pas grand intérêt, dépassé en tout par la figure incarnée par un Tom Cruise, comme en une perpétuelle improvisation renforcée par le grain numérique, et dont la rigueur et l'esprit de façade masquent très mal le vide croissant qui s'insinue en lui. Plan génial de Cruise courant après Foxx, autant aux abois que lui. Cadrages géniaux sur le petit Tom Cruise, de plus en plus réduit dans un cadre qui l'étouffe, puis dissous dans la ville. L'être qui s'affirmait inhumain finit dévoré par la ville qu'on dit inhumaine. Pas un hasasrd, évidemment.

Unique âme qui bruisse, celle, monstrueuse et immuable de la grande ville, la nuit, plaie béante ouverte à toutes les caractères, et qui leur survivra. Collateral est d'abord un film sur cette âme.

29.4.06

Désert Rouge, de Michelangelo Antonioni (1964)

Cinéma

Curieux sentiment après la projection, difficulté à cerner un film qui passe son temps à ne pas nous retenir, tout en nous conservant en permanence en lui. Languide, le film secréte ces instants où, sans sortir, on déconnecte, happé par une madeleine ou une correspondance, qui nous accompagne un temps, avant de repartir comme elle était venue, sans résolution.

Malgré la stylisation, ce n'est pas beau, et pourtant on ne peut non plus décrier la laideur, tant tout nous aimante vers ce personnage de femme au-delà du continent noir. Sur cette terra il faut bien l'admettre incognita, il y aurait encore trace de vie, d'humain, de fluide relationnel, mais Monica Vitti est au-delà de ce territoire. Tout s'est déjà dérobé, et même la figure massive de Richard Harris, dernière bitte avant les grands fonds ne contient en réalité aucune affection, précipitant encore plus la malheureuse vers son absolue disparition.
Quoique, malheureuse n'est sans doute pas la meilleure qualification que l'on pourrait lui donner, car elle induirait une certaine compassion, jamais ressentie pendant le film. Elle flotte, solitaire, s'enfonçant peu à peu dans le cloaque ambiant, sans bien se rendre compte que le point de non-retour est déjà depuis bien longtemps franchi. Pessimisme total, extrême, pourtant sans amertume ni rage, juste le constat qu'on est déjà après, qu'on est toujours après.

oui...

45 jours sans post, et pourtant, vu :

le soleil
cuivres débridés
un moment de silence
beauty (2 fois)
I love $
eux et moi
le ciel sur la terre
braqueurs amateurs
tristana
special effects
nazarin
spiderman 2
re ron burgundy
renaissance
essaye-moi
h2g2
le miroir
quand passent les cigognes
the shield (saisons 4 et 5)
journal intime
crimes et délits
guernica
le souffle
la forteresse blanche
police federale los angeles (2 fois)
2001
Eyes Wide Shut
Spiderman 2
Renaissance
La Loi du désir
Romanzo Criminale
Les Brigades du Tigre
V pour Vendetta
Inside Man
L'enfance d'Ivan
La Naissance de l'amour
Sans Soleil
Le Narcisse Noir
Les Chaussons Rouges
OSS 117
et pas mal d'autres oubliés en route et qui reviendront si bon leur semble.

8.3.06

Bubba Ho-Tep, de Don Coscarelli (2006)

Cinéma

Ici aussi, il s'agit de bien finir, après avoir mal duré. C'est l'histoire d'un Elvis faux sosie de lui-même, qu'une hanche cassée a jeté dans ce mouroir bizarre. Voisin de chambre,JFK, noir. Face à eux, une fumeuse momie suceuse de fondement virée d'Egypte, et échappée d'un camion conduit par des voleurs victimes des intempéries. Tout ça n'a pas grand sens, d'autant que les propos les plus invraisemblables sont assénés avec la gravité laplus solennelle et la plus impénétrable. Le film mêle ainsi morceaux d'angoisse, scènes de suspense, franche rigolade, pauses récréatives, le temps d'un bon mot, ou d'une vérité scatologique première.

Dans ce fatras des plus improbables, qu'est-ce-qui fait qu'on se prend d'affection pour cette histoire et pour ces paumés ? C'est qu'il s'agit d'abord de dignité, et de s'acquitter, après avoir tout merdé, de l'ultime chance qui est offerte, un prétexte insipide et improbable, histoire de briller une dernière fois, en grande tenue mais enfin sans artifice. Elvis en costume de scène (et en déambulateur), JFK black en costume impeccable (en en fauteuil), deux survivants qui pour un dernier baroud remontent l'allée de la maison de retraite au ralenti, et sans rire, quelle plus belle peinture de cette idée passée de mode, qu'à la fin, on peut encore être un homme bien ?

7.3.06

La Maison du Dr Edwards, d'Alfred Hitchock (1945)

DVD

Génie d'Hitchcock : lorsque Gregory Peck débarque dans le film, on se dit que jamais ce gars-là n'est docteur, avec ses bras ballants, son sourire vide, ses poses d'impuissant. L'impression est confirmée très vite puisqu'il défaille à peu près tout le temps. Et le spectateur de se dire que franchement, ce Grégory Peck, malgré toute l'affection qu'on lui porte, il n'est pas si bon que ça, puisqu'on s'est rendu si vite compte qu'il n'avait pas les épaules pour la blouse de docteur...

Ça ne rate pas, il n'est pas docteur. Hitch a déjà gagné. Rien à faire, pour ça il est le meilleur.

Le plus beau des combats, de Boaz Yakin (2001)

Télé

Très vite, on sait que ça ne sera pas un grand film. Interprétation typée, même pour Denzel Washington, qui alterne entre l'aboiement, l'hilarité et la mâchoire serrée sans plus de nuances, reconstitution qui fait reconstitution, bande-son trop typique pour être honnête. Tout ça manque sensiblement d'authenticité, d'autant que les bons sentiments peinent à cimenter l'ensemble.
Film de sport sur fond de racisme, à moins que ça ne soit l'inverse, le film s'embarque dans une structure qu'il ne peut dès lors plus quitter, qui mènera l'équipe des gouffres du mauvais jeu aux sommets réconciliateurs et un peu trop consensuels. La dénonciation du racisme paraît également bien faible.

Intéressant de se demander ce qui manque à ce film qui sur le papier laisserait espérer autre chose : assurément un réalisateur, qui serait aussi un directeur d'acteurs, capable de donner un peu plus d'amplitude aux scènes de jeu (le foot US) comme aux moments de jeu (des acteurs). Dommage, on aurait signé des deux mains.

L'Homme de l'Ouest, d'Anthony Mann (1958)

Cinéma

L'Homme de l'Ouest, western de la fin, peuplé de fantômes et d'archétypes mortifères, toujours sur un faux rythme, où chaque trace de grandeur, d'héroïsme, de bravoure même, est méthodiquement et implacablement, pour mieux montrer la sécheresse, la rudesse, l'aridité des terres et des hommes. D'une certaine façon, il ne s'agit que de bien mourir, en s'accordant juste le temps de faire ce qui doit être fait.

Merveille de mise en scène, et pourtant quelque chose cloche. Certes, on avance à grands pas feutrés vers la Tragédie, tout est en place, mais deux impuretés dans ce joyau de pourriture viennent gêner : le jeu de Lee J. Cobb, outré, et ces coïncidences narratives trop forcées pour faire vrai, surtout dans la première demi-heure. De même, les états moraux de Julie London passent mal malgré son physique atypique. Et pourtant, Gary Cooper survole le film.

Chiasme enquiquinant, quand on aimerait hausser L'Homme de l'Ouest au statut de mythe, quand il ne s'agirait peut-être que d'un essai historique, dont la trace est à observer longtemps. Celui qui rêve encore est déjà mort.


20.2.06

Comtesse Haschich (1934?)

Cinéma

Comtesse Haschich donne des envies de Plan Nine from Outer Space et Forgotten Silver.

Réalisateur inconnu, comédiens inconnus, date inconnue. A un certain niveau, le film dépasse tous les critères connus de nullité, puisque l'on est au-delà du mal filmé, du mal joué, si tant est que cela est été un jour vraiment écrit. Ce n'est pas juste mal fait, le film est d'une incohérence qui confine à l'indigence.

Et pourtant, ces images mal foutues dégoulinent d'un amour fou du cinéma, et l'on à rêver d'une oeuvre colossale dont ces seuls fragments nous seraient parvenus. Maître d'oeuvre de ce chef-d'oeuvre méconnu, l'un de ces fous de cinéma, débordant d'énergie, et tant pis pour les défaillances techniques, tant qu'on filme et qu'on fait jouer devant la caméra. Tant pis si tout cela n'a aucun sens, ni queue, ni tête, la magie de l'image projetée fera le reste. On fantasme sur cet Ed Wood régional, dont a.la guerre / b.la maladie / c.la passion amoureuse / d.la rencontre avec des extraterrestres (biffer les mentions inutiles) a interrompu la genèse d'une oeuvre qui à n'en pas douter aurait révolutionné son époque, et la nôtre.

19.2.06

War of Worlds, de Steven Spielberg (2005)

DVD

Revu la première heure et quart de La Guerre des Mondes vue par Spielberg, dans mon souvenir la meilleure part du film, car avant l'arrêt en un lieu, quand tout auparavant n'est que fuite désespérée. Sans même parler de l'imparable maîtrise technique du réalisateur, j'ai été frappé par sa maîtrise de l'information qu'il choisit de transmettre au spectateur, ou comment, d'une phrase a priori anodine de Dakota Fanning (ça ne s'infectera pas, mon corps la rejettera) annoncer l'air de rien la fin du film ; comment par le rythme et le dialogue conjugués il nous emmène là où il le souhaite, parvenant ainsi à nous détourner de ce qui pourrait nous expulser du courant narratif qu'il a choisi de creuser.

Admiration aussi par le crescendo (boléro semble dans ce cas encore mieux adapté) horrifique qu'il bâtit lors des vingt-cinq premières minutes du film, durant lesquelles le film ne semble pas progresser de marches en marches, mais bien suivre un chemin dont la pente serait régulière. Sans esbrouffe ni artifice narratifs, Spielberg passe du normal à l'anormal, dans une bascule sans chute. Soit la chute l'a lointainement précédée, soit c'est la condition humaine qui est ainsi. Sans tenter ici d'apporter des réponses, cette linéarité vers l'horreur et la panique est à tous titres unique.

Atlantis Interceptors, de Ruggiero Deodato (1983)

Cinéma

Problème du film : il n'est ni assez bon, ni assez mauvais. Mieux ficelé, il ferait une bonne petite perle du genre, nerveuse, atypique, bien foutue donc. Plus bâclé, sa disproportion et son bestiaire le rendraient irrésistibles. On oscille en permanence entre ces deux potentialités, mais dans l'indécision, le film perd son rythme, et le spectateur son intérêt, quel qu'il soit. Dommage, cela aurait pu être pire.

Ninja Terminator, de Godfrey Ho (1985)

Cinéma

A la revoyure, mais sur grand écran, c'est inégalement nul. C'est insupportablement mauvais dans toute sa partie de asiatique, salmigondis de combats trop longs et mal foutus, dont on ne relèvera même pas ici la débilité tellement cette préoccupation est loin du propos. En revanche, la partie américaine est suffisamment réjouissante pour regretter que tout le film (?) ne soit pas cette eau. Cela dit, le film est surtout culte pour être culte.

Le Nouveau Monde, de Terrence Mallick (2006)

Cinéma

1. Aller au cinéma voir un film de 2h16, supporter un bon moment les deux gard d'à côté papoter. Après la semonce, auquelle la réponse apportée est un formidable : c'est pas vrai, moi, je parle pas, je sors mon flingue, et je les bute.

2. Film d'une intelligence immense, d'une sagesse profonde, qui montre comme rarement pourquoi le génocide des indiens, qui montre l'identité, l'absorption, le déracinement, le déplacement, et plus que tout, l'homme après la chute. Ambivalente terrible, car la rencontre de l'autre fonde l'Eden, et l'Enfer.

3. Deux conceptions du territoire qui s'opposent : pour les Powhatan, il est accordé, comme un don, pour les Anglais, il est à prendre, à saisir, à placer sous contrôle, pour mieux récréer les conditions quittées. Quelle place pour ceux qui naviguent entre ces deux eaux : l'acclimatation, qui mène à la mort pour elle, ou l'errance perpétuelle pour lui. A ce jeu, Christian Bale n'est autre chose que la preuve de la faillite originelle, et indépassable.

4. Film magnifique, pureté folle, magnificence des images, des climats, des couleurs. Objet de ravissement et de contentement, léger comme une plume qui glisserait par les vents d'arbres en arbres sans s'y arrêter tout à fait. Le Nouveau Monde est un film du glissement, plus ou moins brutal, où le seul arrêt durable est toujours derrière soi.

5. Ravissement, mais ennui, car de frôlements frôlements de l'histoire, on en vient tout doucement à s'éloigner du film. Si Mallick raconte une histoire, son intrigue déçoit, car elle peine à fournir le stimulant nécessaire à ce type d'oeuvre. Vous avez dit mac guffin ?

6. Comme un peintre qui poserait ses couleurs par petites touches, Mallick compose une oeuvre de pure poésie, qui, passée la première heure, laisse apparaître ce qu'on ne souhaiterait pas appeler procédé : à chaque plan son geste. Certes tout ici est glissement spatial et temporel, mais y a-t-il réellement une vraie scène, qui pose ses enjeux, et les résoud. A force de glisser, rien ne permet de s'accrocher.


7. Volonté irrépressible de rapprocher Mallick de Kubrick, par leur sens de la composition prsque chimique qui fonde leur art. Ici, trois splendeurs, qui, génialement associées créent la plus belle heure de cinéma depuis longtemps : les terres vertes et herbeuses du Nouveau Monde, l'ouverture de l'Or du Rhin, de Wagner, et Q'ioranka Kilcher, solaire, rayonnante, si proche et insaisissable.

Procès de Jeanne d'Arc, de Robert Bresson (1962)

DVD

Ecrit intégralement d'après les minutes du véritable procès de Jeanne d'Arc, le film est une objection fulgurant, dont la longueur, à peine plus de 60 minutes, crée comme un sentiment d'urgence, comme une nécessité de raconter cette histoire, non dans un temps imparti, mais dans une durée que Bresson s'est lui-même, de crainte peut-être de perdre cette vibration vitale en cas d'étalement.

Tout de suite, on a conscience d'un engrenage insoluble, qui malgré la défense droite et juste de la Pucelle ne saurait finir autrement que par les flammes. Un certain manichéisme est d'ailleurs à l'oeuvre ici, dans les figures de religieux et des militaires anglais, qui, à trois exceptions près, constrastent au plus fort avec la posture sainte de l'héroïne. Cette-ci est filmée comme une incarnation de la Foi, roseau tendu, qui ne se brise que pour mieux se redresser, et au final rien n'abdiquer.

Nécessité historique, Jeanne doit mourir. Son procès, son supplice, et les moment qui lient cette chemin de croix et sa délivrance sont filmés selon un système très précis, dont la récurrence des cadre souligne encore l'épreuve permanente, et l'absence de refuge, sinon moral, de Jeanne. Le monde est hostile, la foule (jamais montrée) est meurtrière, les lieux symboliques suintent l'inhumanité et la mort, quand les jugements semblent minables de compromissions, de trahisons, de lâchetés. Dans ce monde physique pétri de pourrissures, Jeanne est un champ de pure piété. C'est sans doute ce qu'on lui reprochera le plus.

17.2.06

Belle de Jour, de Luis Bunuel (1967)

DVD

L'humble auteur de ces lignes est un admirateur fou d'un film pas assez connu Bunuel, intitulé d'après la dernière réplique du Electre de Giraudoux Cela s'appelle l'aurore, oeuvre magistrale, manifestation de l'humanisme le plus pur et le plus empathique. On renoue avec cet humanisme dans Belle de Jour, chef d'oeuvre officielle du cinéaste, mais dans un registre très différent. Toujours Bunuel s'intéresse aux êtres, à leur recherche du bonheur, ou, à défaut, d'autre chose que ce qu'ils vivent, voient, ressentent. Son approche, et la qualité de son regard, ironique, mais sincère, acéré mais juste, critique mais respectueux font de Bunuel l'un de ces maîtres qui parviennent à ne pas juger leurs personnages. La précision du portrait, sa réelle intimité, l'exemplarité des situations contribuent à faire des constructions cinématographiques des objets de référence, non d'un point de vue cinématographique, mais vraiment d'un point de vue personnel et intime.

La performance est d'autant plus remarquable qu'elle est réalisée dans une rare économie de moyens, pas par nécessité, mais par choix. Ce cinéaste, qui préfère les clairs aux obscurs, sait indéniablement comment combiner les quantités minimales de chacun des ingrédients qui font les grands films.


New York, New York, de Martin Scorsese (1977)

DVD

Sentiment bizarre à la redécouverte de ce film qui offre comme on offre une bague ses défauts, ses limites, et pourtant aussi ses vélléités et sa sincérité. Tout se passe comme si Scorsese, dont l'amour du cinéma n'est pas négociable, souhaitait refaire ces comédies musicales qu'il voyait jeune avec son père, mais sans l'innocence qui caractérise la plupart. Du reste, New York New York, par la dureté des affres affectives de ce couple qu'il accompagne s'approcherait moins de Tous en Scène ou Chantons sous la pluie que des Chaussons Rouges.

Comédie musicale, dont on attend longtemps la signature du genre, et ces amples scènes dansées, qui forment un monde de cinéma et de spectacle, rassemblées ici après plus de deux heures où le quotidien humain l'a en permanence emporté sur le spectaculaire et la légéreté de rigueur ailleurs. L'entêtement de Scorsese a raconté une histoire d'amour dure, en opposition permanente et frontale avec des décors référentiels, et une atmosphère d'artificialité, précisément de cinéma, qui échoue finalement dans ce club de Harlem où De Niro repousse avec une telle brutalité celle dont la carrière décolle enfin. Premier décor réaliste d'un ensemble, signe de l'amère victoire du réel sur la fiction de happy end.

L'idée même de happy end est ici doublement mis à mal, dans le Broadway show de Minnelli, qui rêve un happy end qui n'est pour elle, que par la fin même du film, un fin de compromis, de désenchantement, de temps passé, et révolu. Avec New York, New York, Scorsese réalise une comédie musicale qui figure sa propre impossibilité, sa propre absurdité dans un monde où il ne fait plus trop bon rêver.

10.2.06

La Légende de Ron Burgundy, d'Adam McKay (2005)

DVD

Le lecteur de ces chroniques, s'il en est, sait déjà combien j'apprécie ce groupe d'acteurs formé de Ben Stiller, des frères Owen et Luke Wilson, de Vince Vaughn, de Will Ferrell..., habile à s'entourer de guests du même acabit : Hank Azaria, Philip Seymour Hoffman, Tim Robbins... Donc jouissance absolue une heure après le début du film : Ron Burgundy, number one présentateur TV déambule avec son équipe dans une arrière-rue. Il est pris à parti par Vaughn et son équipe, Poulidor de l'audimat en matière de news local. Le ton monte, les insultes hautement raffinées volent, le combat va éclater, les armes sortent (chaînes, couteau, masse-d'armes, massue, grenade WW2).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°3, menée par Luke Wilson (qui perdra en bras en plastique dans l'affaire).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°4, menée par Tim Robbins (avec ce qui ressemble à un plat de nouilles sur la tête).
Et soudain surgit, d'un coin de rue une autre équipe de journalistes, n°5, menée par Ben Stiller (comme chacun sait présentateur de chaîne latino).
Avant même la mélée qui s'ensuivra, à grands coups de tout objet contondant qui tombe sous la main, dont une hache, un filet, un trident et des chevaux, votre serviteur est déjà debout sur son canapé en train de hurler son extase.

Au-delà d'un très intime fanatisme personnel, il faut reconnaître au film une réelle capacité à surprendre en permanence, jouant habilement sur plusieurs registres comiques (sexuel, grossier, amoureux, poétique, absurde...), habilement alternés par un Will Ferrell, d'une sobriété toute relative, mais d'une énergie sidérante. La mise en scène, fonctionnelle à souhait, sert cette débauche dont on sort épuisé, mais ravi. La suite ! Vite !



Heroic Trio, de Johnny To (1992)

DVD

Seul moyen de faire passer Heroic Trio, son rythme. Conditions de production oblige, le film est baclé, relativement incompréhensible, mal joué dans des décors extrêmement mal foutus, qui pètent à grands blocs de polystyrène, mais quand même pas de façon tonitruante, parce que manifestement le budget pyrotechnie a subi quelques coupes... Pourtant, l'ensemble ne manque pas de charme, entraîné par Michelle Yeoh stoïque, seule à avoir quelque chose à jouer, Maggie Cheung, piquante, mais allégrement massacrée par Johnnie To dans son introduction, et un Anthony Wong qu'on est toujours content de retrouver, même dans un des ces rôles passablement débiles qu'il endosse parfois.

Mis bout à bout en un assemblage normal, cet ensemble disparate formerait à peine un film, mais c'est justement le montage qui donne à ce joyeux bordel sa vie. Soyons clair, l'amoureux du raccord léché et de l'enchaînement aura du mal à trouver son bonheur, mais cette esthétique du mouvement frénétique dans le cadre qui remplace celui né de la juxtaposition de ceux-ci témoigne d'un coup de main, et d'une maîtrise technique, qu'on imagine se déployer autrement, avec plus de temps, et de libertés artistiques et économiques. Ce sera notamment Full Time Killer, Breaking News, et, perle des perles, The Mission.

Produit de série tourné en deux produits de série, condition d'oeuvres plus personnelles et plus abstraites, Heroic Trio fait exister et n'exister que par ce principe vieux comme le 7e Art : Run, run, run. And laugh too.

5.2.06

La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985)

DVD

A un moment, Tom Baxter, qui a quitté l'écran pour l'amour de Cecilia, l'embrasse, et, attendant le fondu qui dans les films prend la place de l'acte sexuel, est abasourdi de l'absence de celui-ci dans la "vraie vie". La fréquentation intensive de films, d'histoires de cinéma, de personnages de cinéma peut provoquer chez le spectateur prédisposé le développement de cette dangereuse propension à appliquer au réel les comportements de l'écran, à découper les moments de son existence en séquences, à attendre des autres des attitudes de cinéma.
De même, le cinéma, et plus sensiblement ses histoires, reposent dans leur immense majorité sur les notions de responsabilité, de culpabilité, de courage, autour d'un dessein grandiose et unanime (l'amour), omniprésent et omnipotent. Le romanesque est la maladie profonde de Cecilia, son drame, et sa perpétuelle déconvenue.

L'enjeu ici est double : le premier est celui de l'histoire, ou plutôt le succès de la narration, maintes fois remis en jeu, pour une durée qui variera de 1 à 12 bobines. Le second est un travail permanent, une sape inconsciente et informe, celle de la Nature qui en vient à souhaiter imiter l'Art, ie. le bovarysme.

Le Voyage fantastique, de Richard Fleischer (1966)

Cinéma

L'idée est géniale : une troupe d'humains est miniaturisée pour pouvoir évoluer à l'intérieur d'un corps humain. Dans le contexte de la Guerre Froide et de la peur nucléaire, une telle trame possède une richesse prodigieuse. Quelques termes scientifiques énoncés avec un aplomb impertubable, quelques plans d'écrans oscillo d'époque, quelques commandements militairement procéduriers, et une exposition sans rire : le décor est planté.

L'idée est géniale, son traitement l'est beaucoup moins : intrigue mal menée, dialogues plats quand ils ne sont pas improbablement sérieux, personnages auquel le scénario rend très mal justice, faisant d'eux des enveloppes si fines que les interprètes ne peuvent s'y glisser. Ces mêmes interprètes rivalisent d'inexpressivité, peu servis par une réalisation des plus quelconques. Tout cela a très mal vieilli, et prête aujourd'hui largement à sourire. Plus objectivement, le film se pose comme l'exact équivalement de la SF écrite par Asimov : les univers, les situations, les intuitions sont géniales, le style est médiocre quand il n'est pas inexistant.

Pourtant, il reste quelque chose de fort dans cette plongée dans le corps humain, dans l'infiniment petit et surhumain, dans ces grandes caves mauves et ondulantes, dangereuses, insolubles, et fascinantes. J'aurais adoré découvrir ce film il y a 15 ans.

Retour à la fac, de Todd Phillips (2003)

DVD

Comédie du type lourdingue (ça n'est pas forcèment un défaut), Retour à la fac vaut surtout par le collectif d'acteurs qui s'y ébat en toute liberté : Will Ferrell, Luke Wilson, Vince Vaughn développent un humour régressif dans un buddy-movie des plus sympathiques, des plus indigents cinématographiquement, mais régulièrement hilarant. Certes, le voir sans potes, ni pizzas, ni bières, ôterait certainement au pied que l'on peut prendre devant cet objet où le plaisir manifestement pris par l'équipe atteind le canapé collégial du salon commun.

C'est assez médiocre, mais il n'est pas interdit de prendre en compte le film avec d'autres : Dodgeball, Starsky et Hutch, Wedding Crashers, Mon Beau-Père et moi, ... jusqu'à Disjoncté et Bottle Rocket) comme le signe de la prise de pouvoir d'une nouvelle génération de comiques, des plus rafraichissantes, dans les oeuvres les plus convaincantes seraient La Famille Tenenbaum et Zoolander. Will Ferrell, Ben Stiller, Owen et Luke Wilson, Vince Vaughn, Christine Taylor, Hank Azaria, pas si lointain d'ailleurs de Bill Murray, Jack Black, et du prince Jim Carrey, sont certaienement parmi ce qu'Hollywood a pu produire de plus réjouissant depuis de nombreuses années.

3.2.06

Monika, d'Ingmar Bergman (1952)

DVD

"Il faut avoir vu "Monika" rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriett Andersson, avant de recoucher avec un type qu'elle avait plaqué, regarde fixement la caméra, ses yeux rieurs embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter involontairement pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma."
JL Godard

Pas mieux.


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Suite à la remarque de Zneb à propos du dernier plan de La Dentellière, et des regards-caméra en général, je suis d'accord sur le fait qu'on peut comparer les parcours de Pomme et de Monika, mais jusqu'à un certain point seulement. On peut se demander si dans le film de Goretta François aime jamais Pomme, tandis que Harry et Monika s'aiment sincèrement tout l'été. De même, les caractères des deux héroïnes diffèrent largement, leurs sensualités aussi. Surtout, le regard de Pomme à la fin de la Dentellière est un regard dont toute vie à disparu, tandis que celui de Monika épuise toutes les définitions du mot miroir, d'elle comme de nous. To be continued...


Munich, de Steven Spielberg (2006)

Cinéma

Traditionnellement, on essaie de ne pas trop prêter l'oreille au foin fait auour d'un film à sa sortie, histoire de conserver une fraicheur de vue, loin de polémiques partisanes et dirigées. Entorse espérons-le exceptionnelle, à propos de Munich, film considéré selon une foultitude de mouvais critères, et d'abord pour ce qu'il n'est pas. Il l'est indiqué dans la générique, Munich est inspiré de faits réels, et écrit à partir d'un livre, lui-même relecture subjective d'un événement et d'une époque. Evidemment, choisir d'écrire ou de tourner n'est pas non plus innocent, et on le revendique forcèment, mais il faut garder à l'esprit que c'est une histoire que l'on nous raconte, pas l'Histoire.
Contre-argument (débile) : les spectateurs ne le savent pas, ou plutôt, un film bien ficelé peut faire passer en douce n'importe quelle idée, par exemple une relecture de l'histoire. Raisonnement stupide, qui revient à affirmer que les spectateurs absorbent ce qu'ils voient, sans esprit critique, sans recul, sans intelligence aucune. Accessoirement, affirmer cela équivaut à s'extraire de la masse ignarde et ectopasmique. Nauséabond.

Egalement problèmatique, l'interprétation géopolitique franco-française, et si possible anti-américaniste. Le film serait l'expression du point de vue américain sur la question du Proche-Orient. Cette proposition est récurrente dans le cas de Spielberg, à qui on n'a jamais peut-être accordé le droit moral de faire autre chose que de l'entertainment (petite annonce : je cherche quelqu'un qui m'explique ce que ce mot veut dire). Munich renvoie au contraire dos à dos les protagonistes du conflit qu'il filme, mettant en lumière ses impasses et son mécanisme. Les Twin Towers qui closent le film sont bien plus la manifestation d'un appel à balayer aussi, et d'abord, devant sa porte, fût-elle l'Atlantique.

Toujours aussi énervant, cette propension médiatique à considérer d'abord le coup de main technique de Spielberg, et les formules qu'il utiliserait pour construire ses intrigues. Ainsi, certains ont vu Munich comme le Mission Impossible du Mossad, avec son leader charismatique, mais tourmenté, et sa troupe d'acolytes mono-usage. Munich est avant tout affaire d'hommes plongé dans une tourmente, et c'est justement ce que Spielberg capte le mieux, l'humanité derrière la terreur.

Malgré ce que ses défenseurs et ses critiques en disent, il faut voir Munich, pour se faire, comme on disait il y a encore peu, une opinion.


Note personnelle à usage collectif : ceci n'est pas une critique où j'ai consciencieusement évité de parler du film. L'Agument Mike Vargas est, j'ose y croire, le prétexte de chroniques libres.

L'un reste et l'autre part, de Claude Berri (2005)

Télé

Ces histoires d'amours bourgeoises qui se font et se défont, sur fond de lâcheté diversement généralisée, pourraient laisser indifférentes. Le coffret est joli, les plans lêchés, la caméra plutôt bien maniée, à partir d'un scénario assez caricatural et un peu théorique qui rythme plus des étapes qu'il ne les traite.

Sur une trame qu'on ressent très vite comme sur des rails sans aiguillage, ce sont les comédiens qui donnent sa vraie qualité à l'ensemble, par leur justesse, et leur capacité à s'accorder aux tons de cette histoire de vie(s) dans laquelle flottent en permanence l'imminence de l'effondrement et la fragilité des situations. Arditi, Lvovsky, Baye, Miou-Miou, Laure Duthilleul... sont très biens, mais ceux qui m'impressionnent le plus sont certainement Aïssa Maïga (beauté, grâce, naturel, assurance et souplesse), et, comme souvent, Daniel Auteuil, qui a depuis quelques années (L'adversaire ?) passé comme un cap supplémentaire. Sur tous les registres, il est bouleversant.

Brokeback Mountain, d'Ang Lee (2006)

Cinéma

Méfait de la communication faite autour de la sortie d'un film, la nécessité de le pitcher, dans ce cas western gay, et de diffuser ce message simple par tous les canaux possibles et imaginables. Difficile dès lors dans la salle de sortir d'une logique de vérification et d'attente précise, quitte à chercher l'interprétation simultanée. Aussi, les premières quarante minutes du film sont malgré lui parasitées par cette estimation permanente des gestes, regards, mouvements, intonations, d'autant que l'on sait (merci la bande-annonce) que cela passera pas un baiser.

Une fois le couple formé, le film sort enfin de ces rails, pour dévoiler là où réside vraiment son enjeu, et le drame de ces deux hommes : pas tant une histoire homosexuelle, que celle d'un amour empêché. Le montage alterné de ces deux vies de compromis est cruel mais objectif, où l'on s'en sort (mal) comme on peut ou comme on doit, mais qui semble réserver si peu d'autres bonheurs, sinon quelques week-end en amoureux, parenthèses enchantées qui pourtant ajoute encore au drame intime.

L'alchimie de l'ensemble fonctionne sur la coïncidence entre ce cadre, les espaces du Midwest, et l'interprétation de personnages complexes, confiée justement à Jake Gyllenhaal et Heath Ledger, dont les jeux, très techniques et très différents, confèrent à ce beau film le supplément d'âme supplémentaire qui fait d'un drame d'amour un mélodrame.

2.2.06

La Charge des Tuniques Bleues, d'Anthony Mann (1955)

Cinéma

C'est loin d'être le meilleur western de Mann, mais il n'est pas pour autant dénué de qualités. Le réalisateur passe d'un registre à un autre avec une aisance constante, maître de son art et de ses techniques. Surtout, il possède ce talent de savoir faire exister un plan jusqu'à sa mort naturelle et consentie, car chacun possède sa juste longueur, parfaite dans la construction globale, et idéale dans ses potentialités, comme dans cette longue prise qui accompagne Mature du sol vers un arbre, puis qui dévoile les Indiens cachés, à l'affût des Tuniques Bleues sur le point du massacre.

Qualité de forme, au service d'une intelligence de l'histoire, et d'un regard personnel. Intelligence de l'histoire : pendant une heure, pas un cadre qui ne soit contraint, bouché, limité, clôturé, obstrué par une palissade, une colline, un mur, une montagne, ou comment traduire visuellement le piège, l'enfermement, l'impasse physique et mentale. Regard personnel, et d'abord sur Ned Cooper, cet éclaireur qui ne rêve que d'être accepté par la société tout en conservant une vraie sauvagerie. Le personnage, porté par son interprète, contrecarre toute réduction, et, à l'image de ce faux film de genre, s'échappe en permanence.

Garden State, de Zach Braff (2005)

DVD

Vu à sa sortie, revu l'autre soir, et qui, à la revoyure justement tient sans mal la distance. Deux qualités premières : une capacité à passer, dans un ensemble très mélancolique et suspendu, d'un ton à l'autre, avec un sens de l'incongru rarement mis en défaut ; une sincérité, exhalée par tous les plans, du projet, et de ses interprètes. Sans être autobiographique, le film est très sensiblement une oeuvre personnelle, où, sous les couches plus ou moins vernies, distances qu'on croirait rassurantes, c'est une mise à nu d'une extrême pudeur, et d'une totale modestie. Conscient de ses moyens, Braff s'appuie pour son premier film sur un scénario cousu main, et sur des comédiens épatants, mention évidemment à Natalie Portman...

L'ouvrage supporterait l'analyse, mais ça n'a pas de cela qu'il s'agit, au contraire : Garden State existe parce qu'il émeut, et parce qu'il s'adresse aux sentiments et aux impressions de ses spectateurs. La plongée en apesanteur est douce, parfois douloureuse dans ses goulets, mais jamais retorse ou hypocrite. Tout cela n'est peut-être pas grand chose, mais c'est beau, et rare.

30.1.06

Vers le sud, de Laurent Cantet (2006)

Cinéma

Troisième long-métrage de Laurent Cantet, après les brillants Ressources humaines et L'Emploi du temps, Vers le sud se déroule à Haïti, et conte la vie des femmes bientôt passées qui s'en viennent trouver un peu de plaisir tarifés auprès des jeunes éphèbes locaux. Sujet passionnant tiré de Laférrière, potentiellement très casse-gueule, mais très intelligemment traité par le duo Cantet / Campillo, dont le scénario renferment la dimension humaine de ces parcours tout en mettant subtilement en lumière la lecture économique de l'argument.

Pendant une heure, le film est très surprenant, m'emmenant habilement vers un territoire totalement inconnu, dont je n'ai pas les codes, encore moins les réflexes. Avant tout, il s'agit de femmes en manque d'amour, parfois en désespoir, mais dont l'activité à Haïti ne dissimule en rien le caractère réel. Trois personnages de femmes sont ainsi suivies : Louise Portal, qui vient pour la parenthèse, sans ambiguïté ; Charlotte Rampling, impressionnante de technique et de naturel, jalouse, possessive, cynique, mais pourtant la plus désemparée de toutes ; et Karen Young, magnifique, la plus innocente de tous, mais celle qui souffrira le plus du séjour. Adjoindre Lys Ambroise, qui interprète brillamment Albert, produit de son histoire, patron d'hôtel noir qui ne rêve que du départ définitif de ses clientes blanches. Et aussi les jeunes Haïtiens, beaux à mourir, surtout Legba dont le corps parfait rend toutes ces femmes folles. Il s'agit donc d'amour, de pouvoir, de domination, et de souffrance. Il s'agit aussi d'image à renvoyer, de place à tenir, des limites à ne pas franchir, comme dans les précédents films de Cantet.

Narration au cordeau, mais le basculement dans le second tiers est difficile à accepter, trop arbitraire, et tirant presque l'ensemble vers une démonstration trop schématique. Pour autant, hormis cette imperfection ressentie, il y a bien démonstration, car tout dans cette construction s'agence, tout a sa valeur, et son prix. Le sentiment est confirmé par la réalité économique présentée par Vers le sud, où l'on vient consommer le sexe et quelques temps d'affection durant lesquels on fait semblant (de faire semblant) de croire à l'amour. Quelque chose comme un marché international, avec ses riches et ses pauvres exotiques, qui se déplacera lorsque l'offre locale se dépréciera (la disparition de Legba), et que d'autres havres s'annonceront, comme la liste exotique récitée par Karen Young à la fin du film. Face au sentiment, le Marché.


29.1.06

Le Convoi, de Sam Peckinpah (1978)

Télé

Objectivement, ça n'est pas un film sérieux. Des truckers trouvent l'Arizona, et le Nouveau-Mexique pour échapper à un flic aigri après une bagarre dans un saloon. Autant dire que l'amateur d'intrigues huilées aura peu à manger (origine du film : une chanson de country). Un plaisir pourtant : les dialogues, qui chantent la belle mécanique de véhicules ("il ne vit qu'entre 1800 et 2100 trs/min", confesse Kris K. à propos de son camion) et la franche collaboration entre les routiers et les forces de l'ordre ("Ce flic revient plus souvent qu'un boomerang", dit le même, après la bagarre). Du grand niveau, donc.

En revanche, le plaisir pris Peckinpah à jouer avec les scènes "d'actions" (bagarres, accidents, carambolages, explosions, ...) est manifeste. Usant et abusant de ralentis, étirant les scènes pour le simple plaisir de montrer un angle différent, et d'en rajouter encore un peu sur une table qu'on casse ou une maison pulvérisée par un Mack, et le décorum routier qui va avec.
Au milieu, les beaux yeux ténébreux de Kris Kristofferson, les épaules luisantes d'Ali McGraw, la bouille amie de Seymour Cassel, et le complice Ernst Borgnine n'ont pas grand chose à jouer, mais le font bien. On imagine surtout les fêtes de tournages...

Avant-dernier film de son auteur, il lui fournit l'occasion de s'amuser avec quelques scènes stupides que rehausse une mise en scène à géométrie variable, ainsi cette chevauchée de camions sur les pistes poussièreuses, accompagnés par une valse de circonstance, ou ces bagarres de Far West rythmées country. Bref, Le Convoi est d'abord une blague entre amis, comme un grand-frère très seventies de Shérif fais moi peur, avec un truck dans le rôle de General Lee.



L'homme des hautes plaines de Clint Eastwood (1973)

DVD

Difficile d'imaginer film plus dépouillé et plus abstrait, qui glisse doucement vers la folie. Contrairement à ce que souhaitent les habitants de Lago, ni oubli ni pardon ne sont possibles, pas mêmes envisagés par un Eastwood des plus stylistes. Jamais il n'explicite ce récit de forts et de faibles, théâtre de vengeances des plus sophistiqués, dont la réalisation confine à l'absurde.

La maîtrise technique est indéniable, mais la subtilité fait débat : plusieurs fois, le poids de la culpabilité jetée à la figure de la population est traduit par des séries de gros plans, dont la fréquence et le resserrement sont autant d'indices de l'imminence du purgatoire. Mais il semble alors que s'exprime ici un regard moral impitoyable, qui me fait penser aux fins débilitantes et immatures des films de Lars Von Trier, et cette façon veule de crier grossièrement aux spectateurs : "regardez comme ces gens sont pathétiques, dégueulasses, abjects, combien il mérite leur peine". La haine à l'oeuvre rendrait le tout déplaisant si elle n'était en permanence questionnée par l'ironie d'Eastwood. Il n'empêche, cet aspect de jeunesse ira s'atténuant dans les films d'après, et c'est tant mieux.

Ce troisième film, un western qui suit la romance Breezy et le thriller Un frisson dans la nuit, s'inscrit dans la lignée naturelle de Leone et Siegel, les deux pères de cinéma d'Eastwood revendiqués en exergue de Million Dollar Baby. De même, de nombreux éléments annoncent l'oeuvre à venir : costumes (Pale Rider), situations (Impitoyable), focales (Josey Wales...), sans que jamais on n'ait le sentiment d'une redite. Grand talent de l'alchimiste qui remodèle encore et toujours sa matière pour des résultats chaque fois différents. Il est aujourd'hui, avec Imamura, le plus grand qui travaille encore.

Il était une fois la Révolution, de Sergio Leone (1973)

DVD

Rentrer un soir tard, et tomber sur Giu la Testa, avant-dernier film de Leone, qui frappe par sa violence, sa brutalité crasse et sans rémission, et une photo toute en pluies sales, en poussière et en boue. Pour la première fois, le réalisateur donne à ses personnages des vrais caractères, et pas de simples enveloppes à animer. A ce jeu, Steiger et Coburn sont magistraux, amenant avec eux cette incarnation unique, condition indispensable pour que les films de Leone fonctionnent. Accessoirement, la variété de leurs jeux, leurs inventions permanentes démentent brillamment cette idée bête selon laquelle chez Leone (comme chez d'autres : Hitchcock, Kubrick...) l'acteur n'est là que pour occuper une partie d'écran et s'intégrer dans un montage-matrice carcéral.

Western (?) désenchanté, extrêmiste, où les plus bas instincts servent les plus grandes causes, dans lequel on devient un héros souvent par hasard, et où tout s'achève souvent dans une immense gerbe de flammes, le film porte en lui un profond pessimisme, que seuls l'ironie et l'absurde peuvent un temps contrecarrer. Chacun cherche plus ou moins sa mort, parce qu'elle signifie son repos, et l'extinction d'une culpabilité à laquelle on ne s'arrache jamais de son vivant. Autant dès lors flamboyer et éclater de rire en gros plan, puisque rien n'a de sens.

Dernier western de Leone, Giu La Testa se distingue énormément de ses deux prédécesseurs : Le bon, ... était une pochade virtuose globalement gratuite, Il était une fois dans l'Ouest prenait une autre dimension, s'affiliant à ces films de la Frontier et contant l'avancée vers le Pacifique de la civilisation, du capitalisme et de la loi, convoquant la légende (Fonda) pour la confronter à la grossièreté moderne (Bronson). Prenant pour cadre une révolution mexicaine propice à toutes les aventures, signifiant là encore l'irruption de la modernité dans un décor d'histoires (la moto de Coburn, l'Irlande révolutionnaire ...), le réalisateur abdique tout idéalisme, faisant du massacre la condition de la marche. Restent la mort et l'effacement, qu'on attend, qu'on espère, mais qui toujours surgissent sans crier gare. Leone en a fini avec l'Ouest, il peut désormais s'attaquer à NY.





26.1.06

Coup de tête de Jean-Jacques Annaud (1979)

DVD

C'est l'histoire d'une poilade grinçante, qui mêle un Pierrot, une province imaginaire mais bien réelle, et l'innocence toute délétère du football amateur. On peut légitimement que le réalisateur adore le foot, mais garde une sérieuse dent contre la population crasse du milieu. "Entretenir 11 demeurés pour faire plaisir à 2000 autres demeurés", leitmotiv bien connu du potentat local, forcément miteux dans son imper beige (impayable Jean Bouise), qui distribue allégrement demi-pascals dans les vestiaires à la mi-temps, et qui sort de taule celui qu'il y a fait rentrer, parce que, bon, jouer la Coupe avec un entraîneur-plus-trop-joueur ventripotent, ça ne le fait pas. Ne parlons pas non plus des supporters, ni des autorités locales...
La charge est lourde contre le milieu, mais tout le film est d'une légéreté assez inespérée, porté par un Dewaere à son meilleur, énergumène pas vraiment identifié qui enfin décide d'agir sur le cours des choses. Le jeu de massacres, et d'autodestruction, tirerait même la fable vers le politique. Comme dans Série Noire et Les Valseuses, Dewaere est un extraterrestre, dont la liberté et la singularité le rendent incompatible avec tout type de société. Ne lui restent que l'ironie et la dérision, la fuite en avant, et parfois, un peu de tristesse, mais pas trop non plus, pourquoi s'en faire ?

Accessoirement, Coup de tête est un film sur le foot, qui s'essaie à cette gageure : filmer le football. Le Footix moyen a désormais en tête le dispositif classique, les 17 caméras réparties stratétiquement qui proposent des axes déjà identifiés et standardisés. Comme plus tard Kusturica dans La Vie est un Miracle, Annaud place sa caméra sur le terrain, l'offrant aux aléas du jeu, tentant plus de suivre l'action, et heureusement bien incapable de la devancer.

Par ailleurs, phénomène curieux, trois secondes à observer Dewaere, ailier de fortune, prouve qu'il n'aurait pas vraiment fait carrière dans le ballon rond, sinon à donner les coups d'envois. Pas grave, il est génial même lorsque d'un déboulé et deux feintes de corps, il met six joueurs dans les courants d'air pour planter ce but libérateur qui fera hurler les spectateurs et fera se dégager une nouvelle fois le doux parfum de la Coupe. Longue vie au football.

25.1.06

Un ticket pour l'espace, d'Eric Lartigau (2006)

Cinéma

Parfois hilarant, mais globalement assez piteux, Un ticket pour l'espace peut difficilement être considéré comme une entreprise sérieuse, ce qui est gênant lorsque l'on voit l'engagement de ses deux instigateurs principaux, Kad et Olivier, soucieux de faire plus et mieux que leur oeuvre télévisuelle. Ils sont accompagnés ici de Marina Fois, dans sa tendance à jouer toujours sur une seule corde (alors que J'me sens pas belle avait montré d'autres possibilités), Guillaume Canet (encore une fois très mauvais), et Dussolier, qui semble être celui qui s'éclate le plus dans ce foutoir.

Entre parodies, emprunts, running-gags pas drôles, délires entre potes, et absurde démoulé au pied-de-biche, le film peine à exister, vaguement structuré par une intrigue-prétexte à tous les débordements pas contrôlés. Un ticket pour l'espace n'est pas vraiment pire ou meilleur que Pamela Rose, il en a les mêmes défauts, celui d'un projet de cinéma confié à des artistes de télévision, qui à la cohérence d'une heure et demie de fiction sur grand écran substituent en plus gros trente sketches de 3 minutes que le petit écran aurait été heureux d'héberger.

Au bénéfice du doute et de la sympathie, on attend le troisième.

24.1.06

Polly et moi, de John Hamburg (2004)

DVD

Absolument débile, Polly et moi et un pur régal, qui n'a comme équivalent hilarant que les comédies de Capra ou de Hawks. On n'ira pas jusqu'à dire que John Hamburg est un réalisateur de talent, tant sa mise en scène, plate et incolore, s'efforce juste de ne pas gâcher l'activité insensée de ses acteurs. Sont réunis devant la caméra l'un des meilleurs acteurs comiques actuels (Stiller), l'une des meilleures actrices de sitcom (Aniston) qui compose ici un personnage très friendsien, entre Rachel, et Phoebe), une valeur sûre au talent gras jusqu'ici insoupçonné (Baldwin), et l'un des acteurs les plus prodigieux jamais vus (Philip Seymour Hoffman, aussi bon ici chez PT Anderson). Plus un caméo des plus heureux, celui d'Hank Azaria en maître plongeur hexagonal, mais sans maillot.

Film du temps, Polly et moi mixe des éléments contemporains (riskmaster, sports extrêmes, salsa), dans un environnement new-yorkais, rapidement mais efficacement esquissé) autour d'une histoire d'amour dont se fiche assez vite. Seuls comptent, et fonctionnent? le rythme, et l'humour omniprésent, volontiers lourd et scato, mais qu'il serait très con de rejeter au premier pet.

Bourré de gag à chaque scène, le film constitue la meilleure alternative aux comédies US bien-pensantes livrées par paquets de trente et aux comédies tellement sophistiquées qu'elle en deviennent de beaux objets plus propices à la réflexion qu'à l'émotion.

Accessoirement, je n'ai jamais vu Polly et moi à jeun. Ceci n'explique pas cela.


15.1.06

Histoire(s) de films français, de Jean-Luc Douin et Daniel Couty

Livre (exceptionnellement)

Histoire(s) de films français se présente comme un vaste tour d’horizon de la production française, depuis L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat (1896) jusqu’à L’Esquive (2004). Plus d’un siècle de cinéma visité selon un principe simple : pour chaque film est précisé comment et dans quel contexte il a été réalisé, présentation suivie d’une analyse plus pointue, et plus personnelle. Insistons sur ce point, car au-delà de la diversité des rédacteurs (qui ne fissure en rien la cohérence de l’ensemble), ce sont très sensiblement des points de vue personnels qui s’expriment.

Cette somme extrêmement documentée renferme d’abord des histoires des films français considérés par les auteurs comme symboliques et importants, et, à ce titre, il faut souligner la qualité et la pertinence de présentations des films, où l’objet filmique est rarement traité sans prendre en compte le contexte culturel et collectif de l’époque. En filigrane, c’est une certaine histoire culturelle de la France qui affleure, annoncée par les auteurs dans leur préface, qui entendent aussi « proposer, par ricochet, une certaine Histoire de la France, et souligner ce dont le cinéma témoigne. »

Pourtant, au-delà des multiples entrées que propose l’ouvrage, et de la belle diversité des titres commentés, cette approche historique nationale connaît des limites, car l’on peut remarquer en creux l’absence de certaines œuvres qu’on aurait cru retrouver ici, certains réalisateurs mêmes (Lelouch évidemment, Astruc, Enrico, De Broca, Kahn, Jeunet…), tandis que d’autres peuplent de nombreuses pages (Renoir, Godard, Carné, Resnais, Truffaut évidemment). Le génie des uns n’enlève pourtant rien aux qualités des autres.

De même, le XXe siècle, déjà fécond, n’est illustré que par trois films (À ma sœur !, À tout de suite, L’Esquive). Remarques générales, qui ne font que marquer une évidence : l’histoire du cinéma français est trop dense et polémique pour être contenue toute entière en 800 pages serrées. C’est au contraire tout le mérite des auteurs de livrer une œuvre cohérente tirée d’un matériau si riche. Le reste n’est que la règle du jeu des listes des films.

Bourrée d’informations, joliment illustrée, intelligemment didactique, éditorialement rigoureuse et cohérente, cette Histoire(s) de films français est un excellent ouvrage qui fait date, une introduction riche et stimulante aux films du cinéma français, qui propose une certaine lecture d’un grand siècle d’histoire hexagonale dessinée par son cinéma.

Histoire(s) de films français
Sous la direction de Jean-Luc Douin et Daniel Couty
Editions Bordas
800 pages illustrées N&B et couleurs
Relié

Caught, de Max Ophüls (1949)

DVD

Dans la longue lignée des réalisateurs européens qui ont un temps travaillé à Hollywood, Max Ophüls est l'un de ceux dont la patte transparaît le plus à l'écran, même si ce n'est par moments dans Caught, mélange de drame, de mélo, et de film noir. Variété d'approches pour un film tout entier basé sur le nombre 2, et sur la recherche d'un point d'équilibre entre les deux pôles, qu'ils sont psychologiques, sociaux, financiers, humanistes, physiques...

Servi par une lumière des plus soignées qui tend progressivement vers l'ombre et l'obscurité, Caught surprend par sa structure, extrêmement dense pour sa durée (1h29), alors que pourtant les scènes sont généralement largement développées. Ophüls, réalisateur dont l'art existe d'abord sur la liberté du mouvement, est ici dans un système qui ne lui permet que sporadiquement d'en user (sans mentionner la participation de John Berry à la mise en scène pendant la maladie du réalisateur de Madame de...) Et pourtant ce-dernier n'a jamais eu l'air aussi à l'aise (ni curieux) pour surprendre son monde, dans les transitions, les changements de lieux, et les entrées de personnage dans l'intrigue et dans l'histoire. De la belle ouvrage, donc, par laquelle un réalisateur en liberté surveillée parvient par la mise en scène et l'ingéniosité technique à hisser ce qui n'aurait pu être qu'une autre production de série au statut de film-laboratoire à même de satisfaire tous ses publics.


13.1.06

Lord of War, d'Andrew Niccol (2006)

Cinéma

Lord of War n'est pas juste cinématographiquement insuffisant, il est aussi extrêmement pénible, tant l'hypocrisie et la putasserie le disputent en permanence à l'indigence de la narration et de la mise en scène.
Message révolutionnaire, écoutez tous : la vente d'armes, c'est mal, les vendeurs sont de méchantes personnes. S'il peut être judicieux de dire et de redire ce message plein d'humanisme et de lucidité, encore ne faut-il pas le dire n'importe comment.

Regarder un film, c'est d'abord trouver une entrée en celui-ci, généralement l'intrigue, ou des personnages, des lieux, des ambiances... Aucune de ces possibilités ne fonctionne dans Lord of War. Il faut ainsi attendre 20 bonnes minutes avant de voir de se dessiner la première vraie scène complète, sur laquelle on s'attarde et dont on prend le temps d'explorer les potentialités. Las, les scènes entre Cage et Leto ne fonctionnent pas, tant la diffèrence d'age entre ces deux prétendus frères est flagrante. Accessoirement, il aurait fallu qu'ils eussent quelque chose à jouer, ce qui n'est pas le cas : personnages caricaturaux, et surtout inconstants, dont les réactions varient sans raison de scène en scène. Idem pour le pauvre Ethan Hawke, qui comme les autres se noit dans ce non-scénario, faussement complexe, absolument poseur.

Niccol était un bon scénariste, brillant dans le choix de ses sujets, mais son parcours de réalisateur, après la perle Gattaca, suit une pente de plus en plus descendante (SIMone s'effondrait déjà après 1h15). Dans Lord of War, sa mise en scène confine au médiocre, bourrée de clichés sursignifiants ( le générique qui raconte numériquement la vie d'une balle qui finit dans le crâne d'un enfant africain, Cage assis sur dans la boutique juive de son père, avec en fond des sonorités kezmer, Cage assis sur la statue de Lénine, avec en fond Le Temps des Fleurs, Cage assis dans la rue en Afrique, avec en fond des chants africains, et justement des plus malvenues, et ce avec une régularité impressionnante ...) De même, combien de fois devine-t-on bien à l'avance ce qui va se passer, les répliques mêmes de personnages, tant la dialogue abonde de faux mots d'auteur, dont l'inanité abolit tout effet, sans même mentionner l'exaspérante voix-off.

Enfin, on pourrait laisser au réalisateur l'honnêteté de sa démarche. En effet, après tout, la cause défendue est noble, mais il faut pourtant bien se poser la question : montrer les utilisateurs d'arme comme des dégénérés, et les Africains comme des primitifs contribue-t-il à appuyer le sujet ? Conclure sur la responsabilité des grandes puissances, comme une éxonération a posteriori de toutes les débilités proférées avant pendant le 2h15 de ce faux pamphlet, justifie-t-il une oeuvre indigente et fausse ?

Lord of War n'est même pas un piètre film politique, c'est d'abord un film malhonnête et mal fait.

Terreur extra-terrestre, de Greydon Clark (1980)

Cinéma

Découverte grâce aux irremplaçables séances du Cinéma Bis un vendredi sur deux à la Cinémathèque de ce bijou Z, dans lequel une communauté se fait décimer par un extraterrestre qui fait très peur, surtout quand on ne voit pas son masque en caoutchouc.
Les pépites, ce sont ces scènes totalement improblables, hilarantes tant elles sont vides, mais on ne peut pas faire que des scènes d'action ou de terreur, alors on invente des amourettes adolescentes, des relations père-fils compliquées, des communautés du terroir, qu'on peuple de trognes patibulaires mais chaleureuses.
Les pépites, ce sont aussi les présences improbables de célébrités qui comme tout le monde doivent payer l'essence du 4x4, ici Jack Palance, "le" Jack Palance, et Martin Landau, "le" Martin Landau, ce dernier surtout dans un rôle de redneck qui a mal vécu sa démobilisation de l'armée, dont la mort atteint un niveau métaphysique tant elle est stupide.
Plaisir de cette VF surannée, aux intonations bien connues pour qui a usé les fauteuils devant les séries télé US des années 1970 et1980, coup de chapeau rétrospectivement indispensable à la sublimation du genre, et au glissement du navet vers le nanar.

Ainsi, tout cela ne devrait avoir rigoureusement aucun intérêt, sauf qu'on est bizarrement captivé par ces aventures nazes, et très mal foutues, tournées forcèment à l'économie par un réalisateur aux moyens artistiques quand même limités. Pas vraiment d'explication rationnelle, sinon le doux parfum de la série Z, une certaine innocence libérée des contraintes du "grand" cinéma, et cette volonté obstinée de finir ce qui a été commencé, avant de faire le suivant. Là se trouve aussi le plaisir de faire, et de voir, du cinéma.

Le Mécano de la General, de Buster Keaton et Clyde Bruckman (1927)

DVD

Authentique suspense, techniquement toujours impressionnant, on peut voir Le Mécano comme un véritable film expérimental, sur le thème de : comment raconter intelligemment et sincèrement une histoire tout en tirant de chaque situation son essence ?
Tâche ardue, d'autant que Keaton recourt le moins possible au burlesque. Se révèle un travail d'acteur, de conteur, et de réalisateur, au seul service de la poésie. Le personnage lutte pour ne pas être submergé : insignifiant, c'est sa place dans un monde qu'il tente de gagner. Mais là où Charlot s'excuse perpétuellement d'être, le personnage keatonien cherche et revendique sa parcelle.

Par son corps, ses déplacements, ceux qu'il impose aux autres protagonistes, dessine une esthètique du mouvement, dont la géométrie affirme avec force l'absurdité. Les mouvements des locomotives et des wagons suivent le même tracé théorique, qui vise à donner un sens au monde dans lequel il se débat. Lignes de force et lignes de fuite s'ordonnent autour de ce petit être frénétique qui rattrape ses retards par une activité désespérée.

Dans Le Mécano de la General, Keaton interprète un Sudiste qui souhaite être enrôlé dans l'armée (avoir un uniforme qui lui indique son grade, ie son rang dans la société) pour obtenir les faveurs de sa bien-aimée (ie la reconnaissance sociale et affective). Au terme de ses aventures, il est parvenu à ses fins, enfin établi dans un monde qui déjà disparaît. Génie du pantomime, à qui le parlant portera un coup fatal, condamnant Keaton à la figure de cire que relèvera Wilder dans Boulevard du Crépuscule, Le Mécano de la General est l'un de ces chefs-d'oeuvre absolus qui signent l'aboutissement total d'un art, et contiennent déjà en eux les signes de sa disparition.