Comme son nom l'indique...

26.1.06

Coup de tête de Jean-Jacques Annaud (1979)

DVD

C'est l'histoire d'une poilade grinçante, qui mêle un Pierrot, une province imaginaire mais bien réelle, et l'innocence toute délétère du football amateur. On peut légitimement que le réalisateur adore le foot, mais garde une sérieuse dent contre la population crasse du milieu. "Entretenir 11 demeurés pour faire plaisir à 2000 autres demeurés", leitmotiv bien connu du potentat local, forcément miteux dans son imper beige (impayable Jean Bouise), qui distribue allégrement demi-pascals dans les vestiaires à la mi-temps, et qui sort de taule celui qu'il y a fait rentrer, parce que, bon, jouer la Coupe avec un entraîneur-plus-trop-joueur ventripotent, ça ne le fait pas. Ne parlons pas non plus des supporters, ni des autorités locales...
La charge est lourde contre le milieu, mais tout le film est d'une légéreté assez inespérée, porté par un Dewaere à son meilleur, énergumène pas vraiment identifié qui enfin décide d'agir sur le cours des choses. Le jeu de massacres, et d'autodestruction, tirerait même la fable vers le politique. Comme dans Série Noire et Les Valseuses, Dewaere est un extraterrestre, dont la liberté et la singularité le rendent incompatible avec tout type de société. Ne lui restent que l'ironie et la dérision, la fuite en avant, et parfois, un peu de tristesse, mais pas trop non plus, pourquoi s'en faire ?

Accessoirement, Coup de tête est un film sur le foot, qui s'essaie à cette gageure : filmer le football. Le Footix moyen a désormais en tête le dispositif classique, les 17 caméras réparties stratétiquement qui proposent des axes déjà identifiés et standardisés. Comme plus tard Kusturica dans La Vie est un Miracle, Annaud place sa caméra sur le terrain, l'offrant aux aléas du jeu, tentant plus de suivre l'action, et heureusement bien incapable de la devancer.

Par ailleurs, phénomène curieux, trois secondes à observer Dewaere, ailier de fortune, prouve qu'il n'aurait pas vraiment fait carrière dans le ballon rond, sinon à donner les coups d'envois. Pas grave, il est génial même lorsque d'un déboulé et deux feintes de corps, il met six joueurs dans les courants d'air pour planter ce but libérateur qui fera hurler les spectateurs et fera se dégager une nouvelle fois le doux parfum de la Coupe. Longue vie au football.

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