DVDRentrer un soir tard, et tomber sur Giu la Testa, avant-dernier film de Leone, qui frappe par sa violence, sa brutalité crasse et sans rémission, et une photo toute en pluies sales, en poussière et en boue. Pour la première fois, le réalisateur donne à ses personnages des vrais caractères, et pas de simples enveloppes à animer. A ce jeu, Steiger et Coburn sont magistraux, amenant avec eux cette incarnation unique, condition indispensable pour que les films de Leone fonctionnent. Accessoirement, la variété de leurs jeux, leurs inventions permanentes démentent brillamment cette idée bête selon laquelle chez Leone (comme chez d'autres : Hitchcock, Kubrick...) l'acteur n'est là que pour occuper une partie d'écran et s'intégrer dans un montage-matrice carcéral.
Western (?) désenchanté, extrêmiste, où les plus bas instincts servent les plus grandes causes, dans lequel on devient un héros souvent par hasard, et où tout s'achève souvent dans une immense gerbe de flammes, le film porte en lui un profond pessimisme, que seuls l'ironie et l'absurde peuvent un temps contrecarrer. Chacun cherche plus ou moins sa mort, parce qu'elle signifie son repos, et l'extinction d'une culpabilité à laquelle on ne s'arrache jamais de son vivant. Autant dès lors flamboyer et éclater de rire en gros plan, puisque rien n'a de sens.
Dernier western de Leone, Giu La Testa se distingue énormément de ses deux prédécesseurs : Le bon, ... était une pochade virtuose globalement gratuite, Il était une fois dans l'Ouest prenait une autre dimension, s'affiliant à ces films de la Frontier et contant l'avancée vers le Pacifique de la civilisation, du capitalisme et de la loi, convoquant la légende (Fonda) pour la confronter à la grossièreté moderne (Bronson). Prenant pour cadre une révolution mexicaine propice à toutes les aventures, signifiant là encore l'irruption de la modernité dans un décor d'histoires (la moto de Coburn, l'Irlande révolutionnaire ...), le réalisateur abdique tout idéalisme, faisant du massacre la condition de la marche. Restent la mort et l'effacement, qu'on attend, qu'on espère, mais qui toujours surgissent sans crier gare. Leone en a fini avec l'Ouest, il peut désormais s'attaquer à NY.
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