DVDDifficile d'imaginer film plus dépouillé et plus abstrait, qui glisse doucement vers la folie. Contrairement à ce que souhaitent les habitants de Lago, ni oubli ni pardon ne sont possibles, pas mêmes envisagés par un Eastwood des plus stylistes. Jamais il n'explicite ce récit de forts et de faibles, théâtre de vengeances des plus sophistiqués, dont la réalisation confine à l'absurde.
La maîtrise technique est indéniable, mais la subtilité fait débat : plusieurs fois, le poids de la culpabilité jetée à la figure de la population est traduit par des séries de gros plans, dont la fréquence et le resserrement sont autant d'indices de l'imminence du purgatoire. Mais il semble alors que s'exprime ici un regard moral impitoyable, qui me fait penser aux fins débilitantes et immatures des films de Lars Von Trier, et cette façon veule de crier grossièrement aux spectateurs : "regardez comme ces gens sont pathétiques, dégueulasses, abjects, combien il mérite leur peine". La haine à l'oeuvre rendrait le tout déplaisant si elle n'était en permanence questionnée par l'ironie d'Eastwood. Il n'empêche, cet aspect de jeunesse ira s'atténuant dans les films d'après, et c'est tant mieux.
Ce troisième film, un western qui suit la romance Breezy et le thriller Un frisson dans la nuit, s'inscrit dans la lignée naturelle de Leone et Siegel, les deux pères de cinéma d'Eastwood revendiqués en exergue de Million Dollar Baby. De même, de nombreux éléments annoncent l'oeuvre à venir : costumes (Pale Rider), situations (Impitoyable), focales (Josey Wales...), sans que jamais on n'ait le sentiment d'une redite. Grand talent de l'alchimiste qui remodèle encore et toujours sa matière pour des résultats chaque fois différents. Il est aujourd'hui, avec Imamura, le plus grand qui travaille encore.
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