Comme son nom l'indique...

8.3.06

Bubba Ho-Tep, de Don Coscarelli (2006)

Cinéma

Ici aussi, il s'agit de bien finir, après avoir mal duré. C'est l'histoire d'un Elvis faux sosie de lui-même, qu'une hanche cassée a jeté dans ce mouroir bizarre. Voisin de chambre,JFK, noir. Face à eux, une fumeuse momie suceuse de fondement virée d'Egypte, et échappée d'un camion conduit par des voleurs victimes des intempéries. Tout ça n'a pas grand sens, d'autant que les propos les plus invraisemblables sont assénés avec la gravité laplus solennelle et la plus impénétrable. Le film mêle ainsi morceaux d'angoisse, scènes de suspense, franche rigolade, pauses récréatives, le temps d'un bon mot, ou d'une vérité scatologique première.

Dans ce fatras des plus improbables, qu'est-ce-qui fait qu'on se prend d'affection pour cette histoire et pour ces paumés ? C'est qu'il s'agit d'abord de dignité, et de s'acquitter, après avoir tout merdé, de l'ultime chance qui est offerte, un prétexte insipide et improbable, histoire de briller une dernière fois, en grande tenue mais enfin sans artifice. Elvis en costume de scène (et en déambulateur), JFK black en costume impeccable (en en fauteuil), deux survivants qui pour un dernier baroud remontent l'allée de la maison de retraite au ralenti, et sans rire, quelle plus belle peinture de cette idée passée de mode, qu'à la fin, on peut encore être un homme bien ?

7.3.06

La Maison du Dr Edwards, d'Alfred Hitchock (1945)

DVD

Génie d'Hitchcock : lorsque Gregory Peck débarque dans le film, on se dit que jamais ce gars-là n'est docteur, avec ses bras ballants, son sourire vide, ses poses d'impuissant. L'impression est confirmée très vite puisqu'il défaille à peu près tout le temps. Et le spectateur de se dire que franchement, ce Grégory Peck, malgré toute l'affection qu'on lui porte, il n'est pas si bon que ça, puisqu'on s'est rendu si vite compte qu'il n'avait pas les épaules pour la blouse de docteur...

Ça ne rate pas, il n'est pas docteur. Hitch a déjà gagné. Rien à faire, pour ça il est le meilleur.

Le plus beau des combats, de Boaz Yakin (2001)

Télé

Très vite, on sait que ça ne sera pas un grand film. Interprétation typée, même pour Denzel Washington, qui alterne entre l'aboiement, l'hilarité et la mâchoire serrée sans plus de nuances, reconstitution qui fait reconstitution, bande-son trop typique pour être honnête. Tout ça manque sensiblement d'authenticité, d'autant que les bons sentiments peinent à cimenter l'ensemble.
Film de sport sur fond de racisme, à moins que ça ne soit l'inverse, le film s'embarque dans une structure qu'il ne peut dès lors plus quitter, qui mènera l'équipe des gouffres du mauvais jeu aux sommets réconciliateurs et un peu trop consensuels. La dénonciation du racisme paraît également bien faible.

Intéressant de se demander ce qui manque à ce film qui sur le papier laisserait espérer autre chose : assurément un réalisateur, qui serait aussi un directeur d'acteurs, capable de donner un peu plus d'amplitude aux scènes de jeu (le foot US) comme aux moments de jeu (des acteurs). Dommage, on aurait signé des deux mains.

L'Homme de l'Ouest, d'Anthony Mann (1958)

Cinéma

L'Homme de l'Ouest, western de la fin, peuplé de fantômes et d'archétypes mortifères, toujours sur un faux rythme, où chaque trace de grandeur, d'héroïsme, de bravoure même, est méthodiquement et implacablement, pour mieux montrer la sécheresse, la rudesse, l'aridité des terres et des hommes. D'une certaine façon, il ne s'agit que de bien mourir, en s'accordant juste le temps de faire ce qui doit être fait.

Merveille de mise en scène, et pourtant quelque chose cloche. Certes, on avance à grands pas feutrés vers la Tragédie, tout est en place, mais deux impuretés dans ce joyau de pourriture viennent gêner : le jeu de Lee J. Cobb, outré, et ces coïncidences narratives trop forcées pour faire vrai, surtout dans la première demi-heure. De même, les états moraux de Julie London passent mal malgré son physique atypique. Et pourtant, Gary Cooper survole le film.

Chiasme enquiquinant, quand on aimerait hausser L'Homme de l'Ouest au statut de mythe, quand il ne s'agirait peut-être que d'un essai historique, dont la trace est à observer longtemps. Celui qui rêve encore est déjà mort.