Comme son nom l'indique...

13.1.06

Lord of War, d'Andrew Niccol (2006)

Cinéma

Lord of War n'est pas juste cinématographiquement insuffisant, il est aussi extrêmement pénible, tant l'hypocrisie et la putasserie le disputent en permanence à l'indigence de la narration et de la mise en scène.
Message révolutionnaire, écoutez tous : la vente d'armes, c'est mal, les vendeurs sont de méchantes personnes. S'il peut être judicieux de dire et de redire ce message plein d'humanisme et de lucidité, encore ne faut-il pas le dire n'importe comment.

Regarder un film, c'est d'abord trouver une entrée en celui-ci, généralement l'intrigue, ou des personnages, des lieux, des ambiances... Aucune de ces possibilités ne fonctionne dans Lord of War. Il faut ainsi attendre 20 bonnes minutes avant de voir de se dessiner la première vraie scène complète, sur laquelle on s'attarde et dont on prend le temps d'explorer les potentialités. Las, les scènes entre Cage et Leto ne fonctionnent pas, tant la diffèrence d'age entre ces deux prétendus frères est flagrante. Accessoirement, il aurait fallu qu'ils eussent quelque chose à jouer, ce qui n'est pas le cas : personnages caricaturaux, et surtout inconstants, dont les réactions varient sans raison de scène en scène. Idem pour le pauvre Ethan Hawke, qui comme les autres se noit dans ce non-scénario, faussement complexe, absolument poseur.

Niccol était un bon scénariste, brillant dans le choix de ses sujets, mais son parcours de réalisateur, après la perle Gattaca, suit une pente de plus en plus descendante (SIMone s'effondrait déjà après 1h15). Dans Lord of War, sa mise en scène confine au médiocre, bourrée de clichés sursignifiants ( le générique qui raconte numériquement la vie d'une balle qui finit dans le crâne d'un enfant africain, Cage assis sur dans la boutique juive de son père, avec en fond des sonorités kezmer, Cage assis sur la statue de Lénine, avec en fond Le Temps des Fleurs, Cage assis dans la rue en Afrique, avec en fond des chants africains, et justement des plus malvenues, et ce avec une régularité impressionnante ...) De même, combien de fois devine-t-on bien à l'avance ce qui va se passer, les répliques mêmes de personnages, tant la dialogue abonde de faux mots d'auteur, dont l'inanité abolit tout effet, sans même mentionner l'exaspérante voix-off.

Enfin, on pourrait laisser au réalisateur l'honnêteté de sa démarche. En effet, après tout, la cause défendue est noble, mais il faut pourtant bien se poser la question : montrer les utilisateurs d'arme comme des dégénérés, et les Africains comme des primitifs contribue-t-il à appuyer le sujet ? Conclure sur la responsabilité des grandes puissances, comme une éxonération a posteriori de toutes les débilités proférées avant pendant le 2h15 de ce faux pamphlet, justifie-t-il une oeuvre indigente et fausse ?

Lord of War n'est même pas un piètre film politique, c'est d'abord un film malhonnête et mal fait.

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