CinémaTroisième long-métrage de Laurent Cantet, après les brillants Ressources humaines et L'Emploi du temps, Vers le sud se déroule à Haïti, et conte la vie des femmes bientôt passées qui s'en viennent trouver un peu de plaisir tarifés auprès des jeunes éphèbes locaux. Sujet passionnant tiré de Laférrière, potentiellement très casse-gueule, mais très intelligemment traité par le duo Cantet / Campillo, dont le scénario renferment la dimension humaine de ces parcours tout en mettant subtilement en lumière la lecture économique de l'argument.
Pendant une heure, le film est très surprenant, m'emmenant habilement vers un territoire totalement inconnu, dont je n'ai pas les codes, encore moins les réflexes. Avant tout, il s'agit de femmes en manque d'amour, parfois en désespoir, mais dont l'activité à Haïti ne dissimule en rien le caractère réel. Trois personnages de femmes sont ainsi suivies : Louise Portal, qui vient pour la parenthèse, sans ambiguïté ; Charlotte Rampling, impressionnante de technique et de naturel, jalouse, possessive, cynique, mais pourtant la plus désemparée de toutes ; et Karen Young, magnifique, la plus innocente de tous, mais celle qui souffrira le plus du séjour. Adjoindre Lys Ambroise, qui interprète brillamment Albert, produit de son histoire, patron d'hôtel noir qui ne rêve que du départ définitif de ses clientes blanches. Et aussi les jeunes Haïtiens, beaux à mourir, surtout Legba dont le corps parfait rend toutes ces femmes folles. Il s'agit donc d'amour, de pouvoir, de domination, et de souffrance. Il s'agit aussi d'image à renvoyer, de place à tenir, des limites à ne pas franchir, comme dans les précédents films de Cantet.
Narration au cordeau, mais le basculement dans le second tiers est difficile à accepter, trop arbitraire, et tirant presque l'ensemble vers une démonstration trop schématique. Pour autant, hormis cette imperfection ressentie, il y a bien démonstration, car tout dans cette construction s'agence, tout a sa valeur, et son prix. Le sentiment est confirmé par la réalité économique présentée par Vers le sud, où l'on vient consommer le sexe et quelques temps d'affection durant lesquels on fait semblant (de faire semblant) de croire à l'amour. Quelque chose comme un marché international, avec ses riches et ses pauvres exotiques, qui se déplacera lorsque l'offre locale se dépréciera (la disparition de Legba), et que d'autres havres s'annonceront, comme la liste exotique récitée par Karen Young à la fin du film. Face au sentiment, le Marché.
Pendant une heure, le film est très surprenant, m'emmenant habilement vers un territoire totalement inconnu, dont je n'ai pas les codes, encore moins les réflexes. Avant tout, il s'agit de femmes en manque d'amour, parfois en désespoir, mais dont l'activité à Haïti ne dissimule en rien le caractère réel. Trois personnages de femmes sont ainsi suivies : Louise Portal, qui vient pour la parenthèse, sans ambiguïté ; Charlotte Rampling, impressionnante de technique et de naturel, jalouse, possessive, cynique, mais pourtant la plus désemparée de toutes ; et Karen Young, magnifique, la plus innocente de tous, mais celle qui souffrira le plus du séjour. Adjoindre Lys Ambroise, qui interprète brillamment Albert, produit de son histoire, patron d'hôtel noir qui ne rêve que du départ définitif de ses clientes blanches. Et aussi les jeunes Haïtiens, beaux à mourir, surtout Legba dont le corps parfait rend toutes ces femmes folles. Il s'agit donc d'amour, de pouvoir, de domination, et de souffrance. Il s'agit aussi d'image à renvoyer, de place à tenir, des limites à ne pas franchir, comme dans les précédents films de Cantet.
Narration au cordeau, mais le basculement dans le second tiers est difficile à accepter, trop arbitraire, et tirant presque l'ensemble vers une démonstration trop schématique. Pour autant, hormis cette imperfection ressentie, il y a bien démonstration, car tout dans cette construction s'agence, tout a sa valeur, et son prix. Le sentiment est confirmé par la réalité économique présentée par Vers le sud, où l'on vient consommer le sexe et quelques temps d'affection durant lesquels on fait semblant (de faire semblant) de croire à l'amour. Quelque chose comme un marché international, avec ses riches et ses pauvres exotiques, qui se déplacera lorsque l'offre locale se dépréciera (la disparition de Legba), et que d'autres havres s'annonceront, comme la liste exotique récitée par Karen Young à la fin du film. Face au sentiment, le Marché.
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