Comme son nom l'indique...

29.4.06

Désert Rouge, de Michelangelo Antonioni (1964)

Cinéma

Curieux sentiment après la projection, difficulté à cerner un film qui passe son temps à ne pas nous retenir, tout en nous conservant en permanence en lui. Languide, le film secréte ces instants où, sans sortir, on déconnecte, happé par une madeleine ou une correspondance, qui nous accompagne un temps, avant de repartir comme elle était venue, sans résolution.

Malgré la stylisation, ce n'est pas beau, et pourtant on ne peut non plus décrier la laideur, tant tout nous aimante vers ce personnage de femme au-delà du continent noir. Sur cette terra il faut bien l'admettre incognita, il y aurait encore trace de vie, d'humain, de fluide relationnel, mais Monica Vitti est au-delà de ce territoire. Tout s'est déjà dérobé, et même la figure massive de Richard Harris, dernière bitte avant les grands fonds ne contient en réalité aucune affection, précipitant encore plus la malheureuse vers son absolue disparition.
Quoique, malheureuse n'est sans doute pas la meilleure qualification que l'on pourrait lui donner, car elle induirait une certaine compassion, jamais ressentie pendant le film. Elle flotte, solitaire, s'enfonçant peu à peu dans le cloaque ambiant, sans bien se rendre compte que le point de non-retour est déjà depuis bien longtemps franchi. Pessimisme total, extrême, pourtant sans amertume ni rage, juste le constat qu'on est déjà après, qu'on est toujours après.

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