DVDSentiment bizarre à la redécouverte de ce film qui offre comme on offre une bague ses défauts, ses limites, et pourtant aussi ses vélléités et sa sincérité. Tout se passe comme si Scorsese, dont l'amour du cinéma n'est pas négociable, souhaitait refaire ces comédies musicales qu'il voyait jeune avec son père, mais sans l'innocence qui caractérise la plupart. Du reste, New York New York, par la dureté des affres affectives de ce couple qu'il accompagne s'approcherait moins de Tous en Scène ou Chantons sous la pluie que des Chaussons Rouges.
Comédie musicale, dont on attend longtemps la signature du genre, et ces amples scènes dansées, qui forment un monde de cinéma et de spectacle, rassemblées ici après plus de deux heures où le quotidien humain l'a en permanence emporté sur le spectaculaire et la légéreté de rigueur ailleurs. L'entêtement de Scorsese a raconté une histoire d'amour dure, en opposition permanente et frontale avec des décors référentiels, et une atmosphère d'artificialité, précisément de cinéma, qui échoue finalement dans ce club de Harlem où De Niro repousse avec une telle brutalité celle dont la carrière décolle enfin. Premier décor réaliste d'un ensemble, signe de l'amère victoire du réel sur la fiction de happy end.
L'idée même de happy end est ici doublement mis à mal, dans le Broadway show de Minnelli, qui rêve un happy end qui n'est pour elle, que par la fin même du film, un fin de compromis, de désenchantement, de temps passé, et révolu. Avec New York, New York, Scorsese réalise une comédie musicale qui figure sa propre impossibilité, sa propre absurdité dans un monde où il ne fait plus trop bon rêver.
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