Comme son nom l'indique...

3.2.06

Brokeback Mountain, d'Ang Lee (2006)

Cinéma

Méfait de la communication faite autour de la sortie d'un film, la nécessité de le pitcher, dans ce cas western gay, et de diffuser ce message simple par tous les canaux possibles et imaginables. Difficile dès lors dans la salle de sortir d'une logique de vérification et d'attente précise, quitte à chercher l'interprétation simultanée. Aussi, les premières quarante minutes du film sont malgré lui parasitées par cette estimation permanente des gestes, regards, mouvements, intonations, d'autant que l'on sait (merci la bande-annonce) que cela passera pas un baiser.

Une fois le couple formé, le film sort enfin de ces rails, pour dévoiler là où réside vraiment son enjeu, et le drame de ces deux hommes : pas tant une histoire homosexuelle, que celle d'un amour empêché. Le montage alterné de ces deux vies de compromis est cruel mais objectif, où l'on s'en sort (mal) comme on peut ou comme on doit, mais qui semble réserver si peu d'autres bonheurs, sinon quelques week-end en amoureux, parenthèses enchantées qui pourtant ajoute encore au drame intime.

L'alchimie de l'ensemble fonctionne sur la coïncidence entre ce cadre, les espaces du Midwest, et l'interprétation de personnages complexes, confiée justement à Jake Gyllenhaal et Heath Ledger, dont les jeux, très techniques et très différents, confèrent à ce beau film le supplément d'âme supplémentaire qui fait d'un drame d'amour un mélodrame.

2 commentaires:

Vincent a dit…

Non, ce n'est pas un mélodrame. Mais une tragédie. Qui finit, comme toutes les tragédies, mal (on le sait dès le début, dans les tragédies). Non, ce n'est pas un western. Oui, c'est une adaptation respectueuse d'Annie Proulx, tellement respectueuse que l'auteur a eu le sentiment qu'Heath Ledger était entré dans sa tête. Oui, c'est un chef-d'œuvre. Un de ceux qui restent dans les mémoires. À jamais.

Hokusai a dit…

Sans remettre en cause les grandes qualités du film, l'étiquette "Tragédie" ne me semble pas correspondre, car il n'y a pas dans Brokeback Mountain cette brutalité soudaine qu'on retrouve dans les oeuvres de ce type. Au contraire, tout me semble enveloppé, presque étalé, pour mieux en faire sourdre le pathétique, tout aussi terrible.

Je confesse bien volontiers n'avoir pas lu le livre d'Annie Proulx, qui certainement vaut sa lecture, mais, très sincèrement, je ne crois pas qu'on puisse affirmer qu'"un film est bon, notamment parce que c'est une bonne adaptation". Je suis plutôt convaincu que le film, indépendamment de son origine, doit vivre et exister par lui-même, qu'il doit trouver sa propre unité, son propre moteur, et sa propre raison.