Comme son nom l'indique...

13.1.06

Good Night and good luck, de George Clooney (2006)

Cinéma

Deuxième réalisation de Clooney qui relate la lutte d'Edward Murrow, journaliste vedette de CBS, ontre le sénateur Mc Carthy de la Chasse aux Sorcières des années 50 aux US, Good Night and good luck s'avère passionnant à des nombreux titres. A un premier niveau, c'est une plongée dans la rédaction d'une grande chaine américaine pendant ces années où la peur s'insinue jusqu'aux bureaux. A l'égal d'un All the President's Men, la caméra quitte très peu les salles de rédaction, les bureaux de direction, et le studio d'où Murrow s'adresse à toutes l'Amérique.
Rarement d'ailleurs la notion de quatrième pouvoir a été si finement illustrée que dans ce film, tant en montrant et la puissance de celui-ci, puisque Murrow contribue à la chute de McCarthy, et la difficulté à le contrôler et à l’utiliser justement. Le présentateur est un journaliste engagé, c’est aussi une star qui anime des émissions de divertissement bêtes, parce qu’il faut faire les deux. Etonnant d’ailleurs que ce triomphe de journalisme inquisitorial, qui impose ses compromis et ses omissions choisies soit aussi le signe du déclin de cette rédaction, puisque celle-ci est en partie démantelée à l’issue du coup médiatique, tandis que l’émission perd son créneau préférentiel pour s’annoncer dans un nouveau format le dimanche après-midi. Un chant du cygne ? En tout cas, oeuvre au passé.
Sans aller jusqu’à proposer un hypothétique âge d’or du journalisme de télévision, on dénote dans le film de Clooney une certaine nostalgie de cette époque (le père de Clooney était présentateur, son premier film, l’intriguant Confessions of a dangerous mind avait déjà pour cadre le microcosme télévisuel), manifestée par la structure très présente, quand à chaque climax (l’émission saisie en direct) succède un chant de soul filmé lui aussi dans sa durée. Au final, la vitesse est restée constante.
Pour autant, sa nature très parlée atténue sensiblement l’amplitude dramatique du film, restreignant automatiquement l’empathie du spectateur, d’autant qu’une certaine dimension didactique n’est pas non plus absente du projet, qu’on peut parfaitement lire comme une charge contre le ministère de la peur distillée par l’administration Bush.
Enfin, il faut saluer la réussite esthètique, sans équivalent depuis The Barber, meilleur film des Frères Coen. Même photo noir et blanc à la perfection picturale, mêmes visages hypercinégéniques qui boivent la lumière, mêmes volutes qui s'évaporent en atteignant les plafonds.

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