Comme son nom l'indique...

5.1.06

La Dentellière, de Claude Goretta (1977)

Cinéma

1. Fondamentalement, La Dentellière est un film sur les cheveux. Pas un hasard donc que l'histoire débute dans un salon de coiffure. Les cheveux déliés ou peu soignés sont d'abord signe de liberté, de potentialités, d'ouverture, de marche vers un épanouissement. En revanche, des cheveux trop bien peignés, fatalement lisse, parfaits jusqu'à la froideur signent la vie qui a fui, l'annonce d'une impasse qui ne saurait être que douloureuse.

2. Pomme (ou Béatrice) est fragile, ou innocente, ou instable, ou ectoplasmique. Son compagnon d'un temps est innocent, inconscient, imbu de lui-même, révolutionnaire qui a juste oublié que la première révolte est d'abord la remise en cause. C'est toute la grandeur de la Dentellière que de laisser au spectateur, bien gêné, la liberté de son appréciation.

3. De l'Art d'imposer un personnage. Un grand dadais tête à claques, c'est la première image qui se forme lorsque François (Yves Beneyton, inimaginable) apparaît pour la première fois.Tout disposé à le remiser sans délai, le spectateur accepte, puis compatit avec ce personnage ô combien ambigu, sans qu'on puisse en réalité le blâmer pour le sort de Pomme. On dit des stéréotypes qu'ils en sont, ce qui ne fait pas beaucoup avancer le débat, car c'est oublier que la caricature est d'abord un socle sur lequel on élabore un modèle, ou on le dézingue.

4. Huppert, forcèment, dans le rôle d'un personnage ni en action, ni même en réaction. Huppert, quoiqu'après César et Rosalie et les Valseuses, comme une découverte, dévoilant une palette d'une largeur insensée, avec des subtilités, et une honnêteté qui l'imposent d'emblée comme, plus qu'une actrice, l'actrice.

5. A quoi sert un dernier plan face caméra. Certes les 400 coups, mais qu'est-ce en réalité : un regard lourd de reproche, un défi à ce que faute de mieux on appellera la société, une pirouette ... ? En tous cas, une interpellation, une prise à témoin, qui ébranle le spectateur in the mood. License esthétique dans La Dentellière, dont la citation finale renvoie à Vermeer, ce qui pour le spectateur contemporain convoque Scarlett l'aérienne de La Jeune Fille à la Perle. C'est pratique le cinéma, ça permet de rêver des filiations.

La fiche Monsieur Cinéma







Aucun commentaire: