DVDLa rue sans issue, ceux qui y vivent, ceux qui la quittent, ceux qui y restent. Etonnante ambiance que celle de Dead End, entre film social et film noir (la fatalité, et comment y échapper), qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de Fenêtre sur Cour, du grand Alfred. Il faut dire que le procédé n'est pas si différent : un décor unique de NY recrée en studio, pour une histoire ramassée dans le temps (une journée dans un cas, trois dans l'autre). Studio merveilleusement animé par la photo sublime de l'incontournable Gregg Toland, et magistralement visité par la mise en scène de Wyler, décidément maître de tous les espaces.
Le prétexte, très moral, brasse oppositions sociales, vies difficiles, aspirations politiques et amoureuses, tout en laissant à chaque personnage sa part intérieure, finement dévoilée par des regards perdus saisis sans crier gare. Car si Wyler a su montrer en d'autres occasions sa capacité à saisir le spectaculaire et le grandiose (Ben-Hur pour en citer qu'un exemple fameux), c'est bien par la délicatesse et le touché qu'il ménage dans Dead End de purs instants de grâce, nichés dans les yeux de Sylvia Sydney, ou dans l'échange sous un porche, tandis que la rue connaît son effervescence quotidienne, entre le gangster (Bogart avant Bogart, mais déjà Bogart) et son ancienne compagne (Claire Trevor), que Wyler filme avec une sensibilité et une technique des plus rares, qu'on croirait plus tard reprises par Bergman.
Un casting solide (Sydney, Trevor, Joel McCrea, Bogart, Ward Bond), dans une oeuvre qui tire vers le réalisme, peu de musique sinon de source, un souci constant du quotidien, un incipit purement descriptif, telles sont les autres caractèristiques d'une oeuvre à côté de laquelle Des Anges aux Figures Sales (Angels With Dirty Faces, Michael Curtiz, 1938) paraît bien grossière et inaboutie. C'est dire si Dead End est un film précieux.
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