TéléEl Lobo narre l'infiltration par les services secrets espagnols de l'ETA, alors que le règne de Franco touche à sa fin, et se concentre sur Txema, la taupe qui porte le nom de guerre d'El Lobo (le loup). Cette opération, qui amènera l'arrestation de près de 150 indépendantistes, reste la plus importante jamais menée.
Qualité du sujet, rarement exploré avec autant d'acuité et de pertinence, tant le scénario mêle adroitement intrigues policières, politiques et intimes, sans manichéismes ni amalgames faciles et spontanés. Là où d'autres films enfermeraient les indépendantistes sous l'étiquette absolue de terroristes fanatiques, ou bien stigmatiseraient le pouvoir et ses manigances fascistes, Miguel Courtois dresse un portrait des plus crédibles d'un univers où il faut d'abord survivre avant de vivre.
Cette tension permanente est parfaitement entretenue par des choix de lumières, de cadres et de focales des plus judicieux, l'inquiétude naissant toujours des entrées dans le plan et des circulations à l'intérieur de celui-ci, dont le calme apparent est toujours suspect. Tout en surcadrage, régulièrement filmé à travers une vitre, une fenêtre, une portière, le film ménage, le temps d'une chanson, ou d'une mare de sang qui se forme dans un caniveau, ces instants précieux où c'est l'espoir et la fatalité qui sourdent, avant le retour implacable à la violence.
Beau film sur l'état de guerre, El Lobo vaut également pour la qualité de l'interprétation, dont s'extrait naturellement Eduardo Noriega, silhouette toute en dissimulation et en fuites, véritable passe-muraille cinématographique dont colère rentrée porte le film, et nous accompagne après le générique de fin.
Un mot aussi sur les clôtures des films : une grande partie du regard qu'on portera finalement sur un film peut tenir au choix de la musique qui accompagne les dernières images : Bloody Sunday, de Paul Greengrass,La Vie Rêvée des Anges, d'Erick Zonca, plus qu'excellents par ailleurs, sont encore magnifiés par les utilisations de U2 et Yann Tiersen qui signent l'adieu au film. El Lobo se clôt sur le poème musical de Léonard Cohen, The Partisan, convoquant une dernière fois, et pour longtemps cette question à laquelle El Lobo apporte sa réponse : qu'est-ce qu'être terroriste sous un régime autoritaire ? Qu'est-ce que lutter pour l'ETA sous le franquisme ? Qualité égoïste du cinéma : mêler l'image et le son, et en faire plus que la somme.
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