Comme son nom l'indique...

2.1.06

Le Vieil Homme et la Mer, de John Sturges (1958)

Télé

Des années après la lecture du bouquin d'Hemingway (qui, comme tous les bouquins d'Hemingway laisse dans la bouche le regret que l'Américain n'ait jamais le stade du brouillon), découvrir l'adaptation de Sturges, ou plutôt celle de Spencer Tracy, tant l'acteur porte le film sur ses épaules de vieil homme.

Le Vieil Homme et la Mer, deux entités distinctes qui à l'écran n'entretiennent que les rapports qu'un champ entretient avec un contrechamp. Oui, c'est une gageure estimable de raconter cette histoire d'un homme sur la piste d'un espadon fabuleux, que la mer reprendra in fine, mais le dispositif de Sturges consiste à alterner platement stock-shots maritimes et prises de vue en studio (en baquet plutôt). Pas moins de trois chef-opérateurs (un pour le studio, un pour les extérieurs, un pour les prises de vues sous-marines, sans compter les stock-shots péruviens), pour des images inégales : les transparences sont médiocres (18 ans plus tôt, celles du Voleur de Bagdad, de Powell et Korda, étaient bien supérieures), tandis que les extérieurs, en WarnerColor sont d'une beauté élégiaque.
Musique de Tiomkin envahissante, mais l'essentiel n'est pas là. Pour retranscrire le texte d'Hemingway, construit de descriptions et de voix intérieures, le son fait alterner voix-off et monologues qui tantôt se complètent, tantôt s'annulent, mais dont la redondance récurrence annihilerait toute empathie.

Et pourtant, malgré les fréquentes indigences, ça fonctionne. Est-ce dû à l'heure tardive de sa vision, à la VF d'époque dont les intonations et la théâtrale sincérité trimballent avec elles l'expérience cinématographique ? A moins que que la clé ne soit le corps, la carrure, et les yeux de Spencer Tracy, qui dans ce décorum de cinéma font affleurer l'émotion, en quelques plans sincères d'impuissance face aux requins qui déchirent l'espadon, et, peu avant le générique de fin, lorsque le vieil homme chancelle et chute sous le poids de son mât. A cet instant, tout est parfait, le cadre, la lumière, la posture du corps. Enfin, dans l'artifice et le coup de main de faiseur, c'est à la fois Sysiphe et Jésus qui surgissent. Un film pour un plan.



La fiche Monsieur Cinéma

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